Après la triple victoire aux oscars de son film Whiplash, Damien Chazelle fait son retour avec un autre petit bijou qui troque intensité, tension et dynamisme pour une ambiance plus onirique, légère mais paradoxalement teintée d'une grande mélancolie.
Et si ce deuxième projet semble, entre autres, rendre hommage a l'âge d'or du cinéma hollywoodien et proposer quelque chose de différent, le jazz reste tout de même un élément central de l'intrigue comme dans le film précédent du réalisateur.
Dans La La Land, nous sommes introduits aux personnages de Sebastian et Mia (respectivement incarnés par Ryan Gosling et Emma Stone), l'un rêvant d'ouvrir son club de jazz et l'autre de devenir actrice. Ces objectifs, bien que différents, finiront par rapprocher les deux jeunes gens, le tout au cœur d'une comédie musicale parfaitement maitrisée.
Profitons de cette introduction à l'œuvre et surtout à celle de ses deux protagonistes pour évoquer leurs interprètes.
J'ai toujours apprécié ce que faisait Emma Stone, du moins par rapport à ce que j'ai vu l'impliquant en tant qu'actrice, et La La Land ne fait pas exception à la règle, notamment grâce à la direction qu'elle a suivie qui rend son rôle appréciable et largement crédible (notamment durant les scènes de chant et de danse très bien appréhendées par cette dernière).
C'est donc naturellement que j'en attendais peut-être un peu plus de Gosling qui ne m'avait pas forcément totalement convaincu dans d'autres films ou dont les rôles ne m'avaient pas complètement touché car soit trop clichés soit trop détachés émotionnellement parlant ce qui, je trouve, ne va pas bien à l'acteur (mais ce n'est qu'une opinion comme une autre, cela va sans dire). Néanmoins, ici, tout cela est mis à distance par le scénario du film qui nous offre un personnage passionné, expressif mais également complexe au niveau du rapport qu'il entretient avec son rêve et sa profession de pianiste (ce qui lui va à merveille et m'a complètement fait oublier son rôle médiocre d'amant déchu détestable au possible dans The Notebook). Chazelle a par ailleurs été très pertinent dans son choix de casting puisque Ryan Gosling est assigné à un rôle qui lui permet d'exploiter toutes ses capacités, que cela soit de danse, de chant ou de pianiste ce qui le rend crédible mais peut être aussi un peu plus à l'aise que sa partenaire (leur duo crève tout de même l'écran, évidemment).
Ce qui rend le film aussi singulier alors qu'il semble rendre hommage (et de manière très explicite à de nombreuses reprises) à divers monuments du cinéma, c'est son esthétique si particulière. Dans un premier temps, il est clair que Chazelle donne une importance capitale aux couleurs dans le but, et avec succès, de nous émerveiller mais également pour instaurer une ambiance assez irréelle qui fait référence à l'état d'esprit des deux personnages principaux, c'est-à-dire au rêve qui est un élément capital du film. Et cette artificialité voulue, renvoyant à l'aspect "c'est trop beau pour être vrai" que le film présente, peut se retrouver dans la scène des claquettes durant laquelle Seb et Mia partagent une danse. Tout au long de la séquence, l'œil du spectateur hésite quant à la nature du décor dans lequel évoluent les protagonistes qui peut faire penser à un studio tout comme à un décor extérieur réel. Et c'est cette ambivalence de forme qui englobe Mia et Sebastian, qui semblent en symbiose à ce moment du film, qui peut nous faire nous douter qu'un retour dans le monde réel ne tardera pas à se faire malgré une maintenance provisoire de l'artifice créé par le rêve.
S'il est clair que Chazelle nous expose son amour pour Hollywood et ses comédies musicale tout au long de La La Land, une référence plus subtile ou du moins plus inattendue imprègne tout le film pour notre plus grand bonheur à nous, spectateurs français. Dans plusieurs interviews, le réalisateur faisait part de sa grande appréciation du cinéaste français Jacques Demy dont Les Parapluies de Cherbourg est son film favori. Et outre les similitudes quant à la mise en scène ou à l'utilisation de couleurs très vives, la fin magnifiquement tragique amenée par Demy semble avoir été une source d'inspiration pour Damien Chazelle qui clôt son film de manière similaire en mettant face à face deux individus que la vie a séparés, qui finissent par se revoir sans l'avoir prévu et qui ne se disent (presque) rien mais s'échangent tout au moyen d'un regard rempli d'amertume, de désillusion bien qu'ayant chacun atteint leur rêve mais également d'un amour sincère qui malgré les apparences semble malheureusement avoir perduré.
Pour clore cette critique, je dirais que le seul tout petit point noir de ce film a pour moi été la musique qui bien qu'elle serve parfaitement le film n'est pas absolument mémorable et ne donne pas forcément envie de rester en tête.
La La Land, c'est finalement une tragédie musicale à laquelle j'assignerais la note de 8/10 rien que pour ce joli hommage rendu à Jacques Demy (et à tous les autres) qui est sans doute mon réalisateur favori.