La Loi du Seigneur est un film qui a peur. Peur de son sujet, peur de la guerre, peur du doute. Le dilemme moral qu’il prétend explorer reste suspendu, jamais incarné, comme si Wyler redoutait de salir la nappe blanche.
Ici, chaque personnage se voit assigné à un rôle fonctionnel : le père bon mais un peu buté, la mère pieuse et inflexible, le fils bouillant de virilité contenue. Mais rien ne déborde, rien ne tremble, rien ne trouble vraiment cette mécanique dramatique trop bien huilée. Même les rares incursions de l’extérieur (la foire, les soldats, la joute musicale) semblent filtrées par un vernis moral.
Gary Cooper semble ici engoncé dans une figure paternelle idéalisée, vaguement amusée, vaguement sceptique, mais toujours du bon côté de la ligne. Son dilemme moral ne prend jamais chair, il reste en surface, soumis à une narration qui préfère la parabole à la faille. À aucun moment le film ne prend le risque, il reste propre, poli, en costume du dimanche.
La mise en scène est d’une élégance compassée, sans éclat ni tension, comme si le cinéma lui-même devait se mettre au diapason des vertus quaker : humilité, retenue, refus de l’emphase. Mais alors, pourquoi en faire un film ? Pourquoi poser une question morale si c’est pour y répondre avec tant de prudence, tant de crainte, tant de distance ?