Forte du succès du film sorti l’année précédente, Universal décide en 1944 de frapper fort et d’offrir aux fans de films de monstres, la rencontre non pas entre deux créatures légendaires mais trois !!! Oui, oui, ça préfigure la série des Avengers pour les super-héros ! Bon, on se doute ici que le projet est bien plus commercial qu’artistique en plaçant dans le même film Dracula, le Loup-Garou et le Monstre de Frankenstein, rien que ça. Erle C. Kenton, déjà aux commandes du médiocre « The Ghost of Frankenstein » deux ans plus tôt, est appelé par la production pour réaliser cette nouvelle œuvre de commande. Il fera ce qu’il peut mais ne pourra pas réaliser de miracles avec un scénario très faiblard signé une nouvelle fois Curt Siodmak (le frère de Robert, le réalisateur) et un casting disons poliment, « inégal ». On sent bien qu’à un moment où les films d’épouvante commençaient sérieusement à s’essouffler (« Dracula » et « Frankenstein », les deux œuvres fondatrices du cinéma, remontaient tous les deux à 1931 quand même), Universal souhaite recycler jusqu’à plus soif ses franchises, « attirer à tout prix le chaland » en lui promettant la rencontre de trois monstres fantastiques. Sur le papier, c’est tentant. Au final, ça n’est guère exaltant faute d’un scénario qui tienne ses promesses. Le film est en fait découpé en deux parties. La 1ère est centrée sur Dracula (John Carradine, roulant des yeux à qui mieux-mieux !), ressuscité par le Dr Niemann (Boris Karloff) après s’être évadé de prison alors qu’il avait été enfermé pour avoir greffé un cerveau humain sur un chien !!! L’intermède Dracula ne dure qu’une vingtaine de minutes et hop, terminé ! Dracula crame à cause du soleil au pied de son cercueil et il n’en sera plus jamais question !!!
Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire faite de bric et de broc ?!!! 🙄 Place maintenant à la 2e partie, plus longue, avec Niemann et son assistant bossu Daniel (J. Carrol Naish) qui tentent de récupérer les livres du Dr Frankenstein contenant les secrets de ses expériences. C’est là qu’ils découvrent Larry Talbot dit le Loup-Garou les soirs de pleine lune (Lon Chaney Jr) et le monstre de Frankenstein (Glenn Strange), tous deux emprisonnés dans la glace, suite directe de la fin de «Frankenstein Meets the Wolf Man » où les deux monstres étaient emportés par les eaux glacées. Vous l’avez donc compris, les trois monstres ne se rencontrent donc JAMAIS ! Le film souffre indéniablement d’une qualité d’écriture trop faible avec des personnages ternes et un casting qui ne tient pas la route. Je l’ai déjà dit pour Carradine mais Glenn Strange se révèle plus pathétique que terrifiant dans son rôle de monstre. Lon Chaney Jr retrouve son personnage fétiche de Loup-Garou mais n’a pas l’ombre du talent de son père. Il est tout de même un peu plus crédible que dans « Le fils de Dracula » où il jouait le fiston du célèbre Comte transylvanien. Sa prestation est tout de même loin de casser trois pattes à un canard…Reste le duo Niemann et son souffre-douleur Daniel et là, c’est vrai que J. Carrol Nash s’en tire correctement en Quasimodo mais c’est surtout l’immense Boris Karloff qui imprime l’écran de sa présence magnétique, quand bien même il se contente du minimum. Avec un artiste de cette trempe, même vieillissant, ça passe ! C’est lui qui survole le casting de la tête et des épaules. Heureusement qu’il est là pour sauver cette production bancale, écrite à la truelle mais réalisée avec soin (voir par exemple la scène dans la caverne de glace). Le parti-pris purement commercial est énervant et gâche un peu le plaisir. Mais pour Karloff et la réalisation honorable de Kenton, on peut se laisser tenter (en oubliant tout de suite après).