La Maison des femmes serait 100 % plus judicieux en documentaire qu’en film parce qu’honnêtement, il n’apporte absolument rien. Je commence ma critique en annonçant mon amour inconditionnel pour les femmes : elles sont pour moi le moteur et la raison de vivre de cette société, les personnages les plus fins et les plus élégants de la littérature. Je soutiens chacun de leurs combats contre les violences et les agressions dont elles sont beaucoup trop victimes. Frapper, agresser ou violer une femme est la chose la plus abjecte au monde.
Passons maintenant au film. Dès la bande-annonce, je n’avais pas envie d’aller le voir, sentant trop la "moraline" et la bien-pensance, se concentrant sur le récit des victimes avec une approche douce et bienveillante qui ne résout pas les problèmes de violence, loin s’en faut. Et bien le film est comme la bande-annonce : totalement inutile pour les personnes qui s’intéressent un minimum à la cause des femmes et aux violences exercées à leur encontre. On n’y apprend rien. Le scénario est le suivant : inspiré de la Maison des femmes de Saint-Denis, on y découvre le quotidien des soignants — docteurs, chirurgiens, psychologues — qui rencontrent des femmes victimes d’excision ou de coups de leurs maris. Il faut leur apporter du réconfort, leur offrir une épaule sur laquelle pleurer, mais la vérité est qu’il n’y a pas de réponse pénale. C’est bien beau, comme lors des attentats, de déposer des bougies et des fleurs, mais au lieu de pleurer sur son sort, il serait bien d’ouvrir plus de prisons et de mettre fin au laxisme ambiant. Si une claque à sa femme valait 5 ans de prison et une interdiction de tout contact pendant 10 ans, il y aurait peut-être moins de patientes en attente de prise en charge.
Le film montre des victimes presque toutes racisées, noires ou arabes, et malgré cela, on fait porter le chapeau du patriarcat au seul homme du film en clamant qu’étant blanc, diplômé et peut-être hétérosexuel, il serait le grand privilégié et l'homme à abattre. C’est oublier que, jusqu’à preuve du contraire, ce ne sont pas les Blancs qui pratiquent l’excision. Ce ne sont pas non plus les Blancs qui obligent leurs femmes à être vierges pour le mariage et les poussent à chercher par tous les moyens des chirurgiens pour recoudre leur hymen. Mais pour une féministe comme dans le film, c’est peut-être trop difficile d’avouer que les coupables sont bien souvent issus des minorités ethniques, d’Afrique ou du Maghreb. On préférera faire porter le chapeau au bon gros bourgeois blanc privilégié. Je ne dis pas qu’aucun d’eux n’est capable de violence, je mets juste en lumière que le combat légitime est souvent là où les féministes ne veulent pas aller, car on donne un blanc-seing aux hommes racisés sous prétexte qu’ils seraient les premières victimes de discrimination. Il n’en demeure pas moins que ce sont bien les pratiques patriarcales de certains hommes noirs et arabes qui font courir le plus de risques à la sécurité des femmes, et le film ne ment pas là-dessus, mais préfère se concentrer sur la reconstruction plus que sur la cause même du problème.
Porté par Karin Viard en médecin dynamique et prête à tout pour obtenir plus de fonds, le film co-écrit par Mélissa Godet est pénible car truffé d’évidences et pas prenant pour un sou. Pour moi, l’émotion ne transparaît pas, je ne suis pas ému. Les témoignages ne sont pas explicites et pas touchants, peut-être aussi parce que la réalisation n'a fait que se baser sur des archives sans rencontrer les véritables victimes et que Lætitia Dosch, Oulaya Amamra ou Eye Haïdara ne sont que des actrices qui jouent des réalités qu’elles ne connaissent pas. On trouve toute l’artificialité d’un film qui n’est qu’un film et qui ne sait pas inspirer l’empathie. On s’ennuie du début jusqu’à la fin, autant qu’une journée dans un EHPAD pour un aide-soignant. Ni fait, ni à faire, bien trop en surface pour être percutant, La Maison des femmes est vraiment un mauvais film et ferait également un mauvais reportage.