On est tenté par moments de rapprocher "La Marie du port" de "Quai des brumes", du même Carné. Parce que Port-en-Bessin focalise le malaise de jeunes gens comme le port du Havre concentrait le mal-être de tous les personnages. Cela dit, ce récit adapté de Simenon est plus une chronique de moeurs qu'un drame humain et n'a pas grand'chose à voir avec l'univers de Prévert et la noirceur poétique du "Quai des brumes"
Comme sa soeur avant elle, la jeune Marie cherche à fuir l'ennui provincial, le sentiment d'enfermement, suivant ce qui n'est peut-être qu'un naturel désir d'émancipation. Un bourgeois de Cherbourg -autre ville portuaire, plus grande mais tout aussi provinciale, de sorte qu'on peut imaginer, ce que le film ne dira pas, la probable désillusion de l'héroine- lui offre la possibilité de quitter son village. Entre elle et lui, beaucoup plus âgé, se noue une attirance ambigüe, comme superficielle. Le fortuné restaurateur est un coureur de femmes, Marie rêve de liberté, et leur relation semble parfois plus de circonstances que profonde.
La portée sociale et humaine de ce film, au demeurant agréable, reste modeste mais on y côtoie des jeunes femmes étonnamment lucides sur leur condition et un Jean Gabin entre deux âges dont l'interprétation, tantôt rappelle le premier, tantôt annonce le second.