Enfermés. Enfermés durant 2 heures ou l’on ne verra que 2 fois la lumière du jour et encore le plus souvent à travers les croisillons des persiennes; on étouffe. On étouffe mais on est vivants. Bien vivants. Mieux vaut continuer à étouffer.
Ce fut un visionnage difficile comme j’aime. Ce film - vu il y a déjà quelques temps - m’a à l’évidence marqué.
Sa facture est impeccable - presque trop esthétisante à vouloir ressembler à tout prix à de la peinture du grand siècle (surtout le Nain et De la Tour) muséifiée et sous de multiples couches de vernis. C’est vraiment limite par moment. C'est là son défaut. Pour le reste la photo est un tour de force, les plans meurent avec lenteur et solennité, certains cadrages sont remarquables, et mention spéciale pour les quelques dialogues qui utilisent le hors champ “à la Pialat”.
Nous voici donc lancés dans l’antichambre de la mort. Nous vivons l’agonie d’un des dirigeants les plus influents de ces derniers siècles. On filme la mort des deux corps du Roi.
Mourir dans son lit n’est pas une mince affaire quand on est Louis XIV On n'agonise pas comme tout à chacun. On est entouré de prévenances, de factieux, de faquins, de courtisanes, de charlatans, de valets, de gloutons, de coquins et de tout ce que l'humanité compte comme pécheurs.
Cette chambre c'est le rendez vous de l'orgueil médical vengeur, de la gourmandise, de la luxure, de la vanité des charlatans marseillais, de la colère qui qui ne boit que dans des verres en cristal, de l’envie, et de l’avarice qui vient quémander quelque deniers pour la guerre et ses canons.
Que peut le corps? Voilà l'éternelle question qui revient. Louis XIV ne peut plus. Il ne peut plus exercer son sacerdoce politique. On nous épargne heureusement des explications superflues mais on devine qu'en coulisse la ruche politique s'active. Alors avant le cardinal on fait venir Mme de Maintenon. On transmet quelques apophtegmes de vieillard à son fils. On singe Sénèque alors qu’on fut Néron. On brûle quelques écrits. On fait le ménage avec sa conscience. On regrette de ne pas avoir vu plus souvent ses chiens. Puis arrive un moment où il n’y a plus rien à dire. Plus personne à commander. Pas de décision à prendre. Tel le mythe d’Auguste sur son lit de mort, le Roi se demande s'il “a bien joué la comédie” (ce que joue JP Léaud avec brio) mais l’heure n'est pas pas à Monsieur de Molière.
Le film est particulièrement trivial à de nombreux moments et c'est heureux! Car la gangrène ne s’embarrasse pas des convenances de cour, ni de la bienséance. Elle pue, elle noircit et progresse inexorablement. Jusqu’au terminus.
Une autopsie finale est pratiquée car n'est pas un mort comme un autre. Il faudra peser et mesurer. Puis conjecturer jusqu'à la lie. Mourir en monarque est une chose tout aussi singulière que de vivre dans cette condition et ce film réussit là où tous les docu-fictions et autres biopics auraient loupé à percer les secrets de cette royauté unique que fut celle de Louis XIV.