Une litanie horrifique sans transcendance, mais non sans attraits

Pour la mère supérieure, les dinosaures n’ont pas existé. Dieu a déposé leurs os pour éprouver notre foi
Vous croyez aux pingouins et aux koalas ? Ils ne sont pas dans la Bible non plus.

Deux ecclésiastiques investiguent suite au suicide d’une religieuse. Ils seront confrontés à une sœur méphistophélique.


Genèse d’une effigie démoniaque : de l’apparition fugace au trône filmique

Il ne saurait, en vérité, susciter le moindre étonnement que la silhouette sépulcrale et l’aura ténébreusement énigmatique de la religieuse infernale, entraperçue avec une frugalité quasi liturgique dans le deuxième Conjuring, ait ultimement engendré sa propre déclinaison filmique. Le film, ou plutôt l’entité dévoyée qu’elle incarne, s’était d’emblée imposée comme une présence ectoplasmique à la fois indicible et obsédante, véritable apparition syncrétique de la vierge et du gouffre, propice à cristalliser les peurs ancestrales tout en magnétisant le regard. Il était donc écrit, pour ne pas dire prophétisé, que cette créature d’un autre monde, au faciès blafard et à la gravité hiératique, fût extirpée du halo secondaire de la narration originelle pour accéder, par un mécanisme spinoffique désormais canonique, à sa propre matrice filmique autonome, non sans une part de calcul industrieux. Cette promotion, si elle peut sembler relever d’une logique mercantile, n’en demeure pas moins justifiée par la puissance visuelle, symbolique et presque totémique de cette effigie déviante, qui se dresse comme une antithèse théologique fascinante, entre profanation et sacralité.


Une procession ténébreuse à l’élégance surannée

Certes, La Nonne ne prétend point révolutionner le paradigme de l’horreur cinématographique contemporain, mais il serait malvenu de le reléguer, avec condescendance, aux limbes des productions purement mercantiles ou opportunistes. Car il s’y déploie, sous les oripeaux d’un récit éculé, une esthétique minutieusement ciselée, précieuse dans sa manière d’épouser les codes gothiques avec un zèle appliqué, sans jamais sombrer dans le grotesque décoratif.

L’abbaye roumaine, qui sert d’écrin à cette fable enténébrée, s’impose avec une majesté lugubre, renforcée par la brume omniprésente, les pierres suintantes, et les cryptes patiemment décrépites qui enserrent les personnages dans un clair-obscur de terreur diffuse. On est loin d’un étalage tape-à-l’œil ; ici, la peur se distille par effleurements visuels, par tremblements d’ombre, non par un feu d’artifice d’artifices criards.


Un rythme incantatoire et une ascèse du sursaut

Le film, à rebours des ornières dans lesquelles trop de ses congénères s’empêtrent, se distingue par une étonnante frugalité dans l’usage du sursaut facile, ces redoutables saillies sonores appelées, dans une terminologie plus triviale, jump scares. L’on aurait pu craindre un festival de sursauts mécaniques, mais cette production adopte une retenue pratiquement monastique, ce qui confère au rythme une forme de frénésie maîtrisée, une cadence haletante sans être hystérique.

Cette économie de moyens, jointe à une référence discrètement glissée au Projet BlairWitch — dont on reconnaît ici une certaine parenté dans la gestion du hors-champ et l’errance claustrophobe — participe d’un raffinement inattendu, presque déconcertant au regard des préjugés alimentés par les critiques les plus acrimonieuses.


Une entité visible, une peur assumée

Contrairement à la poupée silencieusement mutique d’Annabelle, laquelle se dérobe jusqu’à l’absurde à l’œil du spectateur, la démone de La Nonne — incarnation spectrale à la théologie volontairement floue — apparaît, se déploie, se confronte, sans pour autant se surexposer. C’est dans cette présence intermittente, mais effective, que le film gagne en intensité : on tremble moins pour ce qu’on ne voit pas que pour ce que l’on devine trop bien.


Une dramaturgie convenue, mais une efficacité intacte

Qu’on ne s’y méprenne pas : le scénario demeure d’une linéarité liturgique, sans épiphanie ni réel détournement de structure. Mais cette convenance narrative, loin d’amoindrir le plaisir du spectateur, le structure comme un rite familier, où l’on vient chercher moins la surprise que l’accomplissement d’une attente atavique : être effrayé.

Il y a dans cette œuvre quelque chose de la restauration rapide du cinéma horrifique : cela n’éveille ni l’intellect ni le sens critique, mais sature un besoin primitif avec une efficacité embarrassante de simplicité. L’environnement, quoiqu’esthétiquement fécond, aurait gagné à être davantage investi narrativement — on aurait pu espérer une exploitation plus approfondie des recoins théologiques ou historiques de l’abbaye.


Conclusion : des vêpres profanes plus grisantes qu’un office

Ainsi, sans atteindre les hauteurs sidérantes de la terreur métaphysique ou du malaise viscéral, cela s’impose comme une œuvre mineure mais digne, à la fois modeste dans son ambition et appliquée dans sa réalisation. À défaut de transcendance, elle offre une liturgie de l’effroi propre et sans grand sacrilège artistique.

Bref, mieux vaut se laisser engloutir par ses brumes que s’étioler dans l’encens vespéral d’un service religieux trop tiède.

Il faut, tout de suite, prier

Trilaw
7
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le 24 janv. 2025

Modifiée

le 13 oct. 2025

Critique lue 37 fois

Trilaw

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