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« J'ai déjà quitté un homme pour un film, mais jamais je ne quitterai un film pour un homme »

Cette réplique, déclarée par Joëlle (Nathalie Baye), est une de mes préférés du film. Elle résume à mon goût parfaitement l'amour inconditionnel que porte Truffaut au cinéma.

Nathalie Baye est d'ailleurs dans ce film formidable, charmante et possédant une présence absolue. Elle joue l'assistante du réalisateur qui va au fur et à mesure du tournage devoir gérer des affaires personnelles autant que professionnelles. Son personnage est l'un des plus intéressants du film, elle est spontanée et responsable, travailleuse et espiègle et joue tout cela avec une grâce étonnante.

La mise en abyme dans cette histoire est juste splendide et superbement mise en scène, poussée à son extrême pour notre plus grand bonheur, nous, cinéphiles. La petite séquence où des livres vont être posés l'un après l'autre sur une table, est elle-même une sorte de mise en abyme. C'est un sublime hommage à ces réalisateurs qui ont visiblement inspiré Truffaut pour ce film et à qui il voue une grande admiration. Il leur rend hommage de la plus belle manière qui soit et on voit passer avec plaisir des couvertures sur Bergman, Hitchcock, Godard, et j'en passe.

François Truffaut, réalisateur et acteur de ce film où il joue le réalisateur du film en train d'être tourné, est parfait, joue simplement et comme il faut, son propre rôle en quelque sorte. Le reste du casting est lui aussi formidable, représentant la quintessence du cinéma, comme Jean-Pierre Léaud, acteur fétiche de La nouvelle vague, ou Jacqueline Bisset, très belle découverte dans ce film, resplendissante et amenant une belle fraîcheur.

On se croirait presque dans un documentaire puisque, en plus du fait que Truffaut, le réalisateur, joue lui-même le réalisateur du film tourné dans ce film, on y découvre les différentes étapes du tournage (la vie dans les loges, le visionnage des rushs...), mais aussi certaines techniques cinématographiques (l'éclairage de la bougie, la pluie sur les vitres, la neige...). Un double monde s'offre à nous : celui du tournage, pénible et joyeux, compliqué et drôle ; et celui de la vie de tous les acteurs (au sens large) de ce tournage, de la star venue de l'étranger pour le film, à l'accessoiriste qui va et vient au fur et à mesure des besoins techniques. On va suivre parallèlement le fil de ce tournage et les vies compliquées de ceux qui le peuplent, de la femme enceinte à l'homme quitté.

J'ai beaucoup apprécié la mise en scène, construite à base de petits plans-séquences la plupart du temps, à commencer par celui de la scène d'ouverture, exemple parfait s'il en est de mise en abyme. Cette première séquence nous entraîne directement dans le vif du sujet, et le ton déjà est donné magistralement.

A voir absolument pour toutes ces découvertes sur l'envers du décor, entre caprices d'acteurs et exigences de producteurs, entre explication la plus simple d'utilisation de techniques et démonstration de tournage de plans.

Une œuvre édifiante, intelligente et éblouissante.

Créée

le 11 juin 2012

Critique lue 2.8K fois

Northevil

Écrit par

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