Le Combat du Bien et du Mal avec une imprimante qui ne marche pas

J'ai longtemps regretté que Dominik Moll fasse si peu de films, supposant qu'il n'avait pas les financements pour monter les projets qu'il souhaitait. C'est visiblement nettement plus le cas ces dernières années, confirmant le réel talent de ce réalisateur que j'ai plaisir à retrouver beaucoup plus souvent. Nous sommes d'emblée dans le bain : à travers une formulation légèrement ambiguë, nous devinons que nous n'aurons pas la résolution du crime, créant à la fois une frustration et une excitation quant à la suite, et la promesse d'une intrigue forcément un peu différente du schéma habituel.

Commence alors un polar réaliste sans jamais être ennuyeux, Moll et Gilles Marchand menant leur intrigue de main de maître pour que celle-ci soit toujours claire, fluide, prenante, exploitant intelligemment les décors isérois, aussi bien urbains que ruraux, pour permettre une meilleure immersion dans cet univers à la fois sombre et très humain, le meilleur côtoyant le pire pratiquement du début à la fin. En effet, sans jamais se désintéresser du meurtre, l'auteur d' « Harry, un ami qui vous veut du bien » dresse le portrait de personnages attachants, intéressants, souvent complexes, où l'on essaie jamais d'idéaliser la vie du commissariat, à l'image de certaines vives tensions ou propos peu glorieux tenus, interprétés avec une belle conviction notamment par le duo Sébastien Bouillon - Bouli Lanners.

Beaucoup de réflexions très pertinentes à travers les différentes conversations entre personnages, offrant même plusieurs répliques assez marquantes, le tout fait avec suffisamment d'habileté, d'efficacité pour que nous ayons de quoi nous interroger une fois sorti de la salle. Peut-être tous innocents mais en définitive tous coupables : c'est le discours légèrement féministe et surtout très pertinent tenu ici, où chacun exprime différemment ses émotions, sa douleur face à un tel drame, une telle violence, tous les suspects étant aussi excellemment choisis que bien écrits. Une réussite, nous redonnant (un peu) foi dans le cinéma et le polar français.

Caine78
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le 26 sept. 2022

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