Caroline du Nord,1969.Chase Andrews,fils de bonne famille et vedette locale de base-ball,est retrouvé mort dans une zone marécageuse.Personne ne sait ce qui s'est passé,meurtre ou accident,mais tout le monde désigne une coupable idéale,Kya Clark,dite "la fille des marais",qui entretenait une liaison intime avec la victime.Le film va alterner le procès de la nana et les flashbacks relatant les évènements ayant conduit à cette situation,depuis l'enfance de Kya.En voilà du bon gros cinéma féministe récuré du sol au plafond.C'est produit par l'actrice Reese Witherspoon,qui ne joue pas dans le film mais a fondé une compagnie ouvertement dédiée à la promotion,la défense et l'illustration de la féminité conquérante.Entourée de tout un tas de collaboratrices qui forment son staff,elle a donc engagé une réalisatrice,Olivia Newman,et la scénariste Lucy Alibar,qui adapte un bouquin de la romancière Delia Owens,pour raconter l'histoire d'une héroïne incarnée par Daisy Edgar-Jones,ça en fait de la grognasse au mètre carré.Rassurons-nous,il y a des mecs dans le film,mais ils ne sont là que pour représenter les diverses nuances de masculinité toxique,du père alcoolo qui bastonne joyeusement femme et enfants au petit ami qui n'assume pas sa relation avec Kya,différence de milieu social oblige,en passant par l'amoureux qui trahit sa promesse en abandonnant lâchement sa belle.Ce trop long mélodrame gynocentré accumule les longueurs et s'attarde volontiers sur l'aspect champêtre du contexte.Il est vrai qu'il y a de magnifiques images d'une Nature luxuriante,avec des marais qu'on parcourt en bateau,toutes sortes de bestioles,de plantes et d'arbres,des paysages qui constituent le cadre de vie de l'héroïne,habituée depuis sa tendre enfance à y habiter seule et à se débrouiller par ses propres moyens,d'où l'hostilité des gens de la région,qui méprisent cette sauvageonne solitaire et asociale,ne s'intéressant à elle que pour s'en moquer.Racisme social donc,qu'on ajoute à l'agenda féministe,avant d'inclure une bonne louche de racisme tout court,les seules personnes qui aideront la pauvre gamine étant le couple d'épiciers noirs,par ailleurs bien stigmatisé lui aussi par la fielleuse population.C'est en quelque sorte l'alliance des proscrits,la convergence et l'intersectionnalité des luttes,camarades unissons-nous!Du mélo chargé,de la contemplation appliquée,du sous-texte politique lourdingue,de la voix off récitant probablement des extraits du livre,des retours en arrière pas toujours bien gérés,on y est et bien profond.Dans ce contexte,la dimension thriller et judiciaire du film est assez escamotée,mais ce qui intéresse Owens est plutôt l'aspect naturaliste,car la dame est en réalité plus zoologiste que romancière,"Là où chantent les écrevisses" étant sa seule oeuvre de fiction,ses autres livres étant des documentaires.Seulement voilà,ça a donné un best-seller,dont l'histoire édifiante ne pouvait que séduire Hollywood.Elle s'est sans doute énormément projetée dans le personnage de Kya,qui devient par la force des choses une spécialiste avisée de la faune et de la flore,le récit fictionnel n'étant là que pour enjoliver cette biographie et la rendre plus attractive commercialement parlant.On se croirait dans "Dogman",avec ce père brute épaisse qui terrorise sa famille au point que la mère s'enfuit en abandonnant les gosses,qui vont eux-mêmes partir un à un,la petite dernière restant seule face à ce paternel indigne qui va lui aussi se barrer en la plantant là,isolée dans cette bicoque au milieu des marais et se construisant dans l'amour des animaux et la méfiance vis-à-vis des humains,méfiance justifiée au vu des comportements des habitants du coin en général et de ses deux amoureux en particulier.Il y aura un twist final qu'on voyait venir de loin,surtout si on a vu "Juste cause",d'ailleurs c'est l'ensemble de la narration qui est cousue de fil blanc.La principale raison de s'infliger ça est l'actrice Daisy Edgar-Jones,la jeune et jolie anglaise tenant la baraque quasiment à elle seule,ce qui est raccord avec son personnage.Naturelle et excellente actrice,elle incarne de manière lumineuse et sereine cette rebelle maltraitée par l'existence,physiquement on dirait Charlotte Gainsbourg avec trente ans de moins.Ses prétendants,le gentil Tate et l'ignoble Chase,sont campés par les fadasses Taylor John Smith et Harris Dickinson,alors que le vieux David Strathairn fait valoir son métier et son autorité en avocat à la retraite qui reprend du service afin d'exorciser la culpabilité du patelin entier.

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le 12 janv. 2026

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