Couronné du Prix de la mise en scène du Festival de Cannes, Tran Anh Hung, réalisateur de L’Odeur de la Papaye verte, qui parlait déjà de cuisine, propose un film contemplatif d’une minutie incroyable. Bien que l’oeuvre, (mal) traduite comme The Pot-au-feu en américain (le film représente la France aux Oscars), ne parle pas de cuisine mais plutôt de l’amour qu’elle traduit. L’artiste choisit d’adapter une partie du livre La Vie et la Passion de Dodin Bouffant de Marcel Rouff, en se concentrant sur son idylle amoureuse et là naît toute une métaphore filée qui revient aux origines de la cuisine : le don, l’échange, la communication, le plaisir, le tout avec une pudeur admirable. Tout est dit dans la scène d’ouverture - Benoît Magimel et Juliette Binoche préparent, avec une précision absolue, une complémentarité unique et une coordination méthodique proche de la perfection, un repas pendant toute une journée. La caméra met au centre du cadre et suit les ingrédients avec une fluidité unique et l’acte de cuisiner en devient spectaculaire : là réside toute la force du film supervisé par le chef Pierre Gagnaire. Tant le travail de Jonathan Ricquebourt (La mort de Louis XIV, Earwig) sur la photographie que le son (enregistrés en direct et renforcé par un travail sur le bruitage) nous font ressentir le crépitements, la vapeur, les goûts... Techniquement, tout est magnifique, car sensoriel, et pourtant quelques points négatifs persistent : si l’idée était de montrer que, à l’image de la réalisation d’un film, la réalisation d’un plat-d’un menu devait être lent, pensé et étudié, l’oeuvre est parfois répétitive. Certaines images sont un peu trop appuyées (cf. printemps de la vie - transmission avec l’axe narratif de la petite fille) et la métaphore bien trop explicite au fil des minutes (montage et transition entre une poire et les fesses de Juliette Binoche est tout simplement déconcertante). On retiendra néanmoins le travail sur la luminosité qui permet de voir le temps qui passe, et on oublira les dialogues très mal écrits : pourquoi donc ne pas avoir fait un film muet?