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Dévisage, transfigure.
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Il est rare de faire d’un visage le sujet même d’un film. Ce visage sera celui de Renée Falconetti qui prête ses traits, ses yeux, sa voix à Jeanne d’Arc durant les derniers instants de son existence, soit pendant son procès, sa condamnation à mort et son exécution sur le bûcher. Ce visage de passion, de douleur, de souffrance devient miroir de l’humanité.
Il est ainsi rare de ressentir l’intimité d’un visage sur un écran. L’âme pure, mise à nu, opposée à ce défilé de visages de bourreaux interchangeables, qui éructent ou se gaussent. Chacune de leurs accusations ou répliques s’accompagne d’un gros plan terrifiant, parfois face caméra, parfois en contre-plongée, toujours plein cadre. Visages grimaçants jusqu’à la nausée reflétés dans les yeux écarquillés bouleversant de la guerrière d’Orléans, qui n’est plus qu’un visage en larmes face à une inquisition d’hommes, incarnant à merveille le conflit entre la foi et l’église.
La passion de Jeanne d’Arc devait au préalable être un film parlant, dialogué, sonore. Les dialogues sont restés, le son a disparu, parce que Dreyer n’était pas satisfait du rendu, amoindri par de gros problèmes techniques liés à son époque. Le résultat n’en est que plus puissant.
Le lieu, bien que tout à fait défini au départ et au détour de quelques plans de transitions, devient lui un espace abstrait, réceptacle d’une abomination en marche. La disparition (ou l’absence) du décor fait contrepoint à l’émanation (ou la présence) du personnage.
Si la démarche est au moins inédite sinon quasi expérimentale, Dreyer s’appuie sur une recherche minutieuse, des documents historiques très précis, reprenant ainsi fidèlement le dialogue entre les juges et la jeune femme. Jeanne brûle à la fin, on le sait. Mais ce que filme Dreyer c’est sa consumation.
Dans un art du dépouillement qui permet aux visages d’être à la fois sujet et décor. Mais pas seulement puisqu’il offre aussi une importance majeure aux accessoires qui traversent le film. Une couronne, une flèche, une paire de ciseaux. À cela s’ajoutent les instruments de torture (roue dentée, scies, chaînes, crochets et lames diverses) vers la moitié du film, saisi dans un montage à la Eisenstein.
Je rêvais depuis longtemps de voir La passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer. Au moins depuis que Godard le citait dans Vivre sa vie, quand Nana assiste à la projection du film et s’effondre en larmes devant les larmes de Renée Falconetti. Peut-être aussi depuis ma découverte de la sublime version de Bresson. Et quelle merveille !
Créée
le 7 févr. 2026
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