Dans les années 60, au Japon, pas un seul Noël n’aura échappé à Godzilla. Un an après avoir combattu une crevette, il revient encore une fois sur une île (pour des raisons budgétaires, toujours) et avec la même équipe technique en charge. Le studio Toho était plutôt satisfait du faible coût de l’épisode précédent, surtout que la licence commençait à rapporter un peu moins. Mothra avait été créé pour attirer les enfants en salle mais, cette fois, le studio vise les femmes et ajoute à cette fin un nouveau personnage, Minilla, le fils de Godzilla, persuadé que ce petit monstre mignon donnera envie à ces dames de voir le film (l’esprit des années 60…).
Sur l’île de Solgell, l’équipe du professeur Kusumi (Tadao Takashima) tente une expérience pour contrôler la météo. Si cela fonctionne, l’humanité pourra transformer des endroits inhabitables en terres fertiles. Mais Solgell n’est pas une île ordinaire : elle abrite des mantes religieuses de taille humaine. Quand le journaliste Goro Maki (Akira Kubo) arrive en quête d’une bonne histoire, l’équipe l’accueille à bras ouverts. Goro découvre sur l’île une jeune femme, Saeko (Beverly Maeda), qui vit seule. Cependant, l’expérimentation dérape et fait encore grandir les mantes religieuses qui, désormais, font la taille d’un immeuble. Les monstrueuses créatures convergent vers une colline et y découvrent un œuf, dont le père, Godzilla, n’est pas très loin.
Cet épisode fut le premier à soulever la question du genre de Godzilla. Les précédents films utilisaient rarement des pronoms pour parler des monstres, exception faite du « elle » pour Mothra. Les pronoms ne sont pas courant en japonais donc la question ne s’était pas imposée. « Le fils de Godzilla » ne prétend à aucun moment que l’œuf est celui de Godzilla. Il est simplement sur l’île quand le film commence. Ce simple fait soulève cependant la question de sa provenance. Est-ce que Godzilla se reproduit par parthénogenèse, comme certains reptiles ? Est-ce que madame Godzilla se trouve ailleurs pendant le film ? Ou est-ce que dans chaque film, on suit un autre Godzilla, parfois mâle, parfois femelle ? Le film ne pose aucune question, et n’y répond donc pas du tout.
Minilla a été conçu pour avoir à la fois les traits d’un Godzilla miniature, mais aussi ceux d’un bébé humain, et ce mélange est une vision d’horreur. Chaque apparition à l’écran du bébé monstre met mal à l’aise. Il faut dire que le papa monstre n’est pas aidé, sa tête devenant à chaque épisode un peu plus étrange : ses yeux ont encore été agrandis et il ressemble maintenant plus à un alligator qu’au dinosaure qu’il était à ses débuts. Il faut cependant reconnaître au film que, cette fois, les monstres sont à l’honneur. On en a enfin fini avec les histoires des humains qui prennent plus de temps à l’écran, et on est très rapidement mis dans le bain, puisque Godzilla apparaît dès la scène d’introduction, comme pour nous dire « c’est bon, on vous a entendus. » Plus de monstres inédits, plus de combats, plus de Godzilla à l’écran, tout ça est dans le camp du positif. Le négatif vient donc de l’histoire des humains qui est inintéressante (c’est soit l’un, soit l’autre, de toute évidence), ainsi que de Minilla qui, en plus d’être laid à faire peur, est aussi agaçant. Il a sa propre musique irritante qui le suit dans chaque scène où il apparaît, et il passe son temps à pleurer. Ce qui est horrible est que la Toho a vraiment cru qu’il attirerait le public féminin, puisqu’il réapparaîtra dans d’autres films.
Moi qui me plaignais dans l’épisode précédent que l’ennemi de Godzilla était une crevette, on peut cette fois au moins valider le fait que trois mantes religieuses et une araignée, ce sont déjà des adversaires plus impressionnants. Les effets spéciaux de ces monstres, tous des marionnettes, sont un peu datés, mais devaient être impressionnants à l’époque. On regrettera juste que les câbles qui les animent soient parfois trop visibles. Ces monstres sont tout de même plus effrayants que Godzilla, qui a vraiment été transformé en gentil jusque dans son apparence physique, et qui, encore une fois, passe le plus clair de son temps à dormir. On ne sait pas vraiment pourquoi. Quand il ne dort pas, il éduque Minilla, lui apprend à cracher du feu, mais l’anthropomorphisme de ces scènes est tout aussi perturbant que l’apparence de Minilla.
Les monstres ne sont cependant qu’une toute petite lueur au bout du tunnel de déception qu’est ce film. On en attendait pas grand-chose, et on parvient tout de même à être déçus. Godzilla n’est pas fait pour évoluer sur une île, il doit être en ville où son pouvoir de destruction prend sa véritable importance. Et on passe beaucoup trop de temps à suivre Minilla en train d’inventer des jeux pour s’occuper. Oh et la passion de Godzilla pour le lancer de rochers est toujours présente.
« Le fils de Godzilla » est bourré de défauts, mais n’est pourtant pas un film complètement mauvais. Principalement parce qu’il permet enfin aux monstres de revenir sur le devant de la scène, et il faut au moins lui attribuer ça. Mais le design de Minilla est une catastrophe, et Godzilla a perdu de sa superbe. En s’orientant vers le grand public, le film s’éloigne trop de l’essence de la franchise.