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Hymne à la démobilisation pratique et à l'attentisme révolutionnaire

Thriller rude et fable pessimiste, où l'apprentissage de la survie dans un système impitoyable mène à diverses formes de résignation, soumission ou corruption – autant de petites damnations permettant de réaliser que toute société est une prison se maintenant sur la merde de ses otages/habitants.


Comme c'est d'abord une métaphore, le film laisse se cultiver des inconsistances et des incongruences mineures ou a-priori tolérables ; jusqu'à cette dernière partie mettant en relief l'aberration de sa construction. Tout ce que notre Don Quichotte et son acolyte y tentent devrait avoir été expérimenté depuis longtemps – ne serait-ce que d'un point de vue primaire ou de survie : pourquoi les gens ne recevant rien n'ont pas tenté de descendre jusqu'au-bout, puis de remonter sur la table ? Avaient-ils simplement peur de la sanction ? De la nouveauté ?


Puis j'ai été déçu par le petit tour de passe-passe final que je qualifierais de banal et pleutre si on appuyait pas au même moment sur l'épouvantable levier 'Le truc.. c'est qu'il est mort [peut-être – mais peut-être pas – cho'cun son 'terprétation]'. Il faut être honnête même si on a aimé le film : ceux qui l'ont conçu (spécialement ceux qui l'ont écrit – avec malice et superficialité, faisant du scénario le point négatif) ignoraient comment le boucler ou le justifier. Heureusement la partie technique est plus astucieuse (pour camoufler les faibles ressources et décors) et la partie sonore est délicieusement stressante (certains instants m'ont évoqué Alice Madness Returns). Le portrait de l'Humanité est plus accompli – et sombre, voire stérile.


Ainsi la logique du film ne mène qu'à un mix de démobilisation et au choix, de nihilisme ou de vaine moralisation ; les optimistes apprécieront la planification des vertueuses niaiseries par lesquelles les refaiseurs de monde se réchauffent ('la prochaine génération porte notre espoir') ; tout le monde verra que la bienveillance et l'empathie deviennent un luxe dans un univers carcéral, arbitraire et hiérarchique [à moins qu'il en existe des hédonistes – pour ça il faudra des coopérations ou des révolutions] – et que si on s'obstine [dans la voie de la justice sociale], il faut en passer par l'autoritarisme sans la moindre garantie de réussite, avec pour seules certitudes des sacrifices [humains] et de la gesticulation présomptueuse.


https://zogarok.wordpress.com/2020/08/01/la-plateforme/

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le 1 août 2020

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Zogarok

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