En véritable amoureux du cinéma, Hazanavicius est un touche à tout depuis toujours. Voici donc ce qui est son premier film d’animation et un projet plus sérieux qu’à l’accoutumée.
Pologne, campagne enneigée, un couple de vieux bûcherons vivant dans les bois à côté d’une ligne de chemin de fer. Un jour, un bébé tombe du train et est recueilli par la bûcheronne. Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale et ce petit bout d’humain pourrait être un sans-cœur, une race maudite et pourchassée. Si madame y voit un petit être fragile, monsieur y voit une menace.
Sur un ton enfantin et illustré par des traits simples, le film commence comme un conte. Dès le départ donc, il est question de discerner le vrai du faux, de savoir ce qui a existé ou non. Le conte est rassurant car il éloigne du réel, à fortiori quand l’histoire qu’il raconte est volontiers cruelle. Non, on abandonne pas son enfant dans la forêt et on ne croise pas de grands méchants loups dans la vraie vie. On peut donc se rassurer et se dire que ces récits d’horreur appartiennent à l’imaginaire. Pour certains, il en va de même des faits documentés dont ils souhaiteraient pouvoir nier l’existence soit parce qu’elle est inconfortable, soit parce qu’elle contredit leur haine maladive. Le film rappelle que la haine collective, celle qui va toucher une catégorie de personnes doit être mise à l’épreuve du réel, c'est-à-dire du changement d’échelle pour revenir à l’individu. On ne peut pas détester un individu dont on ne connaît rien et accepter de le connaître revient à remettre en cause sa haine. Et celle-ci est parfois socialement structurante. Au-delà du propos, on aimera la traduction visuelle de ce contexte, la Shoah par le trou de la serrure en somme. On a des bribes cauchemardesques du voyage vers la mort. Le choix des couleurs sombres tout comme le silence laisse beaucoup de place au spectateur qui peut combler les trous.
Donc, un projet aussi inattendu que réussi ! Le design graphique est au service du projet et le film tient un suspens maniant parfaitement l’émotion sans jamais céder au pathos ou à la larme facile. Tous les publics y trouveront leur compte et c’est un tour de force !
>>> La scène qu’on retiendra ? L’abandon dans le train et la séparation sur le quai du centre sont proprement déchirants.