On pourrait résumer La Poursuite impitoyable d'Arthur Penn en quelques mots : une évasion, une petite ville du Sud, une poudrière prête à exploser.
Ce long métrage s'impose comme un véritable film choral, porté par une distribution exceptionnelle. Dès les premières minutes, Arthur Penn installe un implacable compte à rebours vers l'explosion de violence qui finira par emporter toute la communauté.
L'action se déroule dans une petite ville texane sous la coupe d'un magnat du pétrole. Le shérif, perçu par la population comme le fidèle exécutant de ce puissant notable, tente tant bien que mal de maintenir un semblant d'ordre alors que les rancœurs s'accumulent. Adaptant le roman de Horton Foote, Lillian Hellman signe un scénario d'une noirceur remarquable, tandis qu'Arthur Penn dresse le portrait d'une société gangrenée par l'hypocrisie. Chacun épie son voisin, les clivages sociaux sont omniprésents, et l'alcool comme les liaisons clandestines ne font qu'exacerber la lâcheté, la bêtise et la cruauté. Le regard porté sur cette Amérique provinciale est d'une férocité rare, sans jamais chercher à adoucir ses personnages.
Au centre de cette fresque, Marlon Brando livre une prestation d'une intensité fascinante. Magnétique de bout en bout, il incarne un shérif partagé entre son devoir et une population devenue incontrôlable. Une anecdote tenace raconte que, lors de la célèbre scène de passage à tabac, Brando aurait demandé à ses partenaires de le frapper pour de bon afin d'accentuer le réalisme de la séquence. Vraie ou non, cette rumeur participe à la légende d'une scène qui demeure aujourd'hui encore particulièrement éprouvante. Autour de lui gravite une distribution de rêve : Angie Dickinson, Robert Redford, Jane Fonda, Robert Duvall, James Fox, E. G. Marshall et Janice Rule, chacun apportant une véritable épaisseur à ce portrait collectif.
Près de soixante ans après sa sortie, La Poursuite impitoyable n'a rien perdu de sa force. Sa violence, autant psychologique que physique, reste profondément dérangeante. Arthur Penn ne filme pas seulement une chasse à l'homme : il dissèque une société qui se délite sous le poids de ses préjugés, de ses frustrations et de son désir de vengeance. C'est cette lucidité implacable qui fait encore aujourd'hui toute la puissance du film.