« La Poursuite infernale » n'est pas seulement un excellent John Ford. C'est avant tout un grand moment de cinéma, faisant la part belle aux morceaux de bravoure. C'est l'histoire d'un cow-boy se faisant shérif pour venger la mort de son frère et le vol de son bétail : le célèbre Wyatt Earp. Mais l'histoire ne s'arrête pas là : ce film regorge de seconds rôles extraordinaires, en commençant par le mystérieux Doc Holliday, homme tourmenté mi-gentleman mi-brute épaisse, en passant par l'aguicheuse Chihuahua et celle qui donne son nom au titre original du long métrage : la belle Clémentine, courageuse fiancée de Doc Holliday. Un foisonnement de seconds rôles (caractéristique du cinéma de Ford) des plus réjouissants. Certes, oui, comme l'indique Télérama, « La Poursuite infernale » est un western crépusculaire. C'est l'histoire d'un meurtre presque biblique, d'une quête sans fin, de la foi dans une justice qui vient réparer l'affront et punir le malfaiteur, mais qui reste humaine (Earp ne veut pas tuer l'assassin mais le mettre derrière les verrous pour le juger). C'est la confrontation entre la loi et l'ordre de la civilisation face à la barbarie de l'Ouest. Toutefois, John Ford ne donne pas à son film une orientation uni-dimensionnelle. Comme le titre original le laisse supposer, « My Darling Clementine » est aussi une histoire d'amour, et un instantané de la vie quotidienne dans l'Ouest américain, qu'il soit question de se faire raser chez le barbier (avec beaucoup d'humour) ou d'inaugurer une église, le temps d'une danse endiablée. Comme d'habitude chez Ford, on ne compte plus les séquences inoubliables, et ces moments de tension filmés avec trois fois rien, mais d'une force tellurique : la séquence du jeu de poker, du verre de champagne, de la tirade shakespearienne de l'acteur de théâtre, etc. etc. Et comme toujours, l'interprétation est parfaite. Henry Fonda est magistral en Wyatt Earp, tout comme Victor Mature en Doc Holiday. Mais tous les autres acteurs, du moindre frère Earp au violoniste à moustache, en passant par le barman, sont géniaux. « La Poursuite infernale », s'il n'est pas l'un des tous meilleurs Ford (encore que), n'en reste donc pas moins un grand film, réalisé de main de maître (et le mot n'est pas galvaudé).
ArthurDebussy
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films des années 1940, Les meilleurs westerns, Les meilleurs films de John Ford, 200 films et 100 westerns

Créée

le 7 sept. 2014

Critique lue 490 fois

Arthur Debussy

Écrit par

Critique lue 490 fois

12
2

D'autres avis sur La Poursuite infernale

La Poursuite infernale

La Poursuite infernale

9

Torpenn

1062 critiques

Chronique d'une haine ordinaire

Il y a certains jours où il faut savoir regarder la vérité en face. Comme le disait il y a peu ce bon Pruneau, en fait, je n’aime pas John Ford et je n’aime pas les westerns. Ainsi, regardez cette...

le 23 janv. 2013

La Poursuite infernale

La Poursuite infernale

7

Ugly

1827 critiques

Remous à Tombstone

J'ai lu dans plusieurs bouquins consacrés au genre western, que cette version du règlement de comptes d'O.K. Corral était considérée comme la plus belle. Bon je n'irais pas trop contester cette...

le 12 avr. 2017

La Poursuite infernale

La Poursuite infernale

10

SanFelice

1409 critiques

"Inclinez-vous devant l'autorité légitime !"

Considéré de nos jours comme un classique incontournable du cinéma américain des années 40, La Poursuite Infernale (My Darling Clementine en VO) est cependant un western novateur où le grand John...

le 17 févr. 2019

Du même critique

Aucun autre choix

Aucun autre choix

5

ArthurDebussy

335 critiques

Beaucoup d’humour (noir), peu de réflexion…

Première grosse déception de l'année. Je pensais que Park Chan-wook s'était un peu calmé et qu'il était enfin arrivé à une maturité artistique pleine de promesses de bons, voire de grands films à...

le 9 févr. 2026

Mary et la Fleur de la sorcière

Mary et la Fleur de la sorcière

4

ArthurDebussy

335 critiques

« Kiki à l'Ecole des Sorciers »

Manifestement, il ne suffit pas de reprendre l'esthétique d'un maître pour l'égaler. C'est ce que les suiveurs et autres académistes apprennent à leurs dépens depuis la nuit des temps en matière...

le 24 févr. 2018

Princesse Mononoké

Princesse Mononoké

10

ArthurDebussy

335 critiques

Le passage d'un monde à un autre

« Princesse Mononoké » couronne la carrière d'Hayao Miyazaki par bien des aspects. Peut-être son film le plus riche et le plus complexe, c'est également l'un des plus accomplis formellement,...

le 13 août 2016