Après avoir été subjugué par le film d'Arnaud Desplechin, Rois et Reine, sorti en 2004 avec ce cher Mathieu Amalric à l'affiche en compagnie d'Emmanuelle Devos, je m'attendais à quelque chose de grandiose. Absolument sensible à l'atmosphère si particulière qui exhale de ces films français de la fin des années 1990 jusqu'au début - dans ce cas fin - des années 2000, je pensais naïvement, en visionnant la bande-annonce, retrouver la plupart les stigmates et caractéristiques vernaculaires de cet ordre. Cette naïveté a bien vite laissé place à la déception. Pourtant, pour un film français et de surcroît un film d'auteur, c'en est bien un archétype, ou du moins il s'en donne l'air. C'est justement le problème de ce film : une prétention qu'il ne peut se permettre d'avoir, au regard de ce qu'il est concrètement. L'univers aliénatoire du monde du travail moderne (qui m'avait motivé à aller voir le film) est finalement en toile de fond, et même la psychologie des personnages finit par être éludée, face à un caractère pseudo-subversif et intellectualisant qui tente vainement de rapprocher la logique bureaucratique au sens le plus littéral du terme (logique de bureau, donc) avec l'univers du nazisme et de l'holocauste... de manière justement assez peu subtile, pour ne pas dire très lourde, nous rappelant finalement dans quelle société moralisatrice nous vivons, comme si nous avions besoin que l'on nous rappelle incessamment la morale de l'histoire (autant que de l'Histoire), en prenant en plus le public pour des imbéciles puérils. Bref, cette éternelle logique de rapprochement de ce qui ne peut l'être au nom d'une cause futile, sans doute pour se donner une profondeur morale ou une bonne conscience humaniste, passe très mal car le parallèle nous perd. Bien sûr, ce serait oublier les scènes incompréhensibles car incohérentes par rapport au reste de l'histoire, dont cette fameuse scène de la « Rave-Party », avec des sortes d'ébauches de petites histoires divergentes dans l'histoire qui finissent inachevées, en plus d'être inutiles. On voit apparaître des personnages qui pourraient jouer un rôle notable ultérieurement (comme le jeune intérimaire), mais finalement rien ne se passe, et on ne comprend pas pourquoi l'on s'est penché sur eux pendant une demie-heure. J'en attendais tout de même plus de la part de la distribution, qui ne fait à mon avis que subir les inepties de la scénariste, une femme de ce que j'ai compris. Amalric me laisse extrêmement perplexe, et la pseudo-complexité qu'il essaye de donner à son personnage me fait plus penser à de la non maîtrise du fond même d'une histoire... qui n'en a guère. En privilégiant la forme au fond, on finit par rater l'objectif scénaristique, et l'on ne retient synthétiquement qu'une chose : une dose de moraline Shoahique, qui n'est là que pour y être, dans une lenteur inutilement pesante (certaines pouvant être utiles).


Point positif, j'ai apprécié le côté visuel relativement austère pour ne pas dire kafkaïen, qui m'a semblé très esthétique, malgré le fait que certaines scènes pouvaient abuser à outrance de ce style.

RolandeLegrand
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le 27 mai 2025

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