Film vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives".
Film de la sélection "Cabinet de curiosités".
Sans doute l'un des deux ou trois films que j'attendais le plus dans la sélection, notamment parce que j'aime énormément un autre film du réalisateur qui est : "Les Révoltés de l'an 2000" ou "Quien Puede Matar A Un Nino" en VO qui est un titre bien meilleur. Il faudrait d'ailleurs que j'étudie ce phénomène curieux qui consiste, non pas à traduire un titre dans la langue de Molière dans un souci de compréhension, mais à inventer des titres qui n'ont rien à voir, même de loin avec le film.
Nous plongeant dans une pension privée pour jeunes filles au cœur du XIXème siècle, le cinéaste ausculte une société de la rigueur morale, des tabous et des interdits, des limites acceptables d'une méthode pédagogique basée sur le châtiment, y compris corporel. L'ambiance tant du lieu, que du film se veut feutrée, luxueuse, appartenir à la bienséance et aux valeurs morales d'une bourgeoisie pas encore émancipée de ses velléités à intégrer l'aristocratie. Aristocratie qu'elle jalouse autant que cette dernière la méprise.
Au sommet hiérarchique de cet organisme anthropophage à l'organisation militaire, Madame Fourneau, la directrice régente tous les instants de la vie, de l'éducation, des pensées de ses pensionnaires avec le concours de quelques domestiques et d'une intendante ainsi que de la collaboration zélée d'un trio d'élèves, promptes à obéir aux ordres les plus odieux de cette femme.
Mais dans cette atmosphère pesante ressortent des failles dans le système qui percent à jour les désirs de liberté des jeunes filles. En discrètes évasions momentanées destinées à satisfaire la chaire et une libido entravée en rebellions plus frontales vis à vis de l'autorité, jusqu'à l'aménagement de discrètes alcôves où exprimer ses sensibilités artistiques ou juste de pensées, la demeure malgré son autarcie et son isolement aux éléments extérieurs contient en son sein les brèches qui permettent l'entrée de la lumière, unique rempart à un obscurantisme promis.
Abordant le concept de la sororité ou comment vont s'entraider ces promises à des vies de bonnes épouses prônées par système de domination et du rang à tenir, démontrant par l'absence quasi totale d'hommes, que le patriarcat a tellement pénétré les mœurs et les esprits, qu'il n'a même plus besoin de figures d'autorité masculine pour fonctionner. Alors les murs perdent leur rôle de protection et enferment tout ce petit monde dans une nasse, dans laquelle viendra puiser une présence hostile. Un tueur ou une tueuse anonyme, sévit au cœur de cette demeure, une entité mystérieuse dont les agissements voudraient d'abord nous faire penser, qu'elle agit comme l'ogre du conte qui nous détruira si l'on observe pas scrupuleusement les consignes. Un point de vue qu'on peut suspecter de réactionnaire, un point de vue qui dit que les petites filles pas sages seront punies, mais c'est sans compter sur l'intelligence du cinéaste, qui dans un geste de conclusion libérateur et terrifiant à la fois, dévoilera le mystérieux assassin aux motivations dictées par la frustration.
Oui au final ce film est un grand film sur la frustration et ses conséquences psychiques, devenant alors un symbole, une allégorie contre le franquisme, qui se manifeste dans un écrin précieux, convoquant toute la maestria du metteur en scène, du chef opérateur et du département artistique pour délivrer son message, dans une veine le situant quelque part comme un prologue à "Suspiria" et "Pique-nique a Hanging Rock".