Avec Fritz Bauer, il y a 3 ans, et La révolution silencieuse, aujourd'hui, Lars Kraume a évoqué les deux façons dont l'Allemagne a traversé l'immédiat après-guerre et le traumatisme de l'époque nazie. A l'ouest, dans un cas, à l'est dans l'autre. Il ne faut d'ailleurs pas seulement voir dans le dernier film le seul portrait du système communiste de la RDA mais aussi un regard sur une nouvelle génération qui ignorait peu ou prou ce qu'avait fait leurs parents durant la période fasciste. Et c'est notamment cette thématique qui lui donne de la force et des accents de grande vérité. Mais évacuons de suite les bémols que l'on peut émettre à l'égard de La révolution silencieuse : oui, la mise en scène est relativement plate (celle de Fritz Bauer l'était aussi) ; oui, la reconstitution des années 50 a quelque chose d'un peu trop ripolinée ; oui, les petites intrigues amoureuses autour des principaux protagonistes n'apportent rien d'essentiel. Mais en définitive, tout cela n'a qu'une importance minime par rapport à l'histoire qui s'est passée dans cette ville prétendue modèle, et sidérurgique, de Stalinstadt (le nom, déjà !) en 1956, au moment de l'insurrection hongroise et de l'intervention des chars soviétiques. L'année a son importance, 5 ans avant l'édification du mur de Berlin quand le passage à l'ouest était encore envisageable bien que périlleux. Certains ont vu dans La révolution silencieuse un Cercle des poètes disparus en version allemande. Certaines scènes, notamment une, y font penser mais l'enjeu est tout de même ailleurs et a à voir avec la dignité, la morale et le respect humain dans un pays totalitaire où manifester une quelconque opinion contraire à l'orthodoxie socialiste exposait aux pires avanies. Au gré d'un scénario implacable, à travers le prisme d'une jeunesse avide de liberté de penser, le film fait montre d'une grande puissance et suscite une émotion réelle dans sa dernière partie. Au point qu'on aimerait en savoir davantage sur ce que sont devenus les héros de cette singulière aventure. Il n'y a pas de meilleur compliment à faire à un film historique que d'avouer son envie de se documenter une fois la séance terminée.

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le 2 mai 2018

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