Retour sur les écrans français pour Greenaway, 9 ans après 8 femmes ½. Entre-temps, il a réalisé un vaste projet multimédia, Les valises de Tulse Luper, resté inédit en France. La ronde de nuit revient à une forme plus classique de long-métrage et le film a des faux airs de compilation formelle qui mélangerait Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, Prospero’s books et The baby of Mâcon. Il leur emprunte l’époque (17e siècle, excepté pour Le cuisinier, outre sa référence à Frans Hals), les costumes et l’aspect prioritairement théâtral. Comme à son habitude, Greenaway réinvente une réalité en formalisant jusqu’au moindre détail sa mise en scène, et plus encore ici puisqu’il réinvente aussi, à sa façon, l’élaboration et la signification secrète d’un des plus célèbres tableaux de Rembrandt, "La ronde de nuit".

Le faste des images, sublimes, renvoie à l’art baroque européen et à l’âge d’or néerlandais dont Rembrandt était l’un des plus importants représentants ; elles sont comme de somptueux tableaux animés où couleurs, lumières, habits et composition scénographique s’organisent pour créer à l’écran un art pictural en mouvement que l’on devine comme une mise en abîme des tableaux du peintre. On reconnaît, ici et là, quelques références au "Bœuf écorché", à la "Descente de croix" ou même au "Syndic de la guilde des drapiers". Greenaway excelle à construire des plans esthétiquement poussés, ravissement pour l’œil, ouverture à l’imagination, tout en proposant une enquête à travers le décryptage interne et externe du tableau.

Enquête quelque peu absconse, désordonnée en conséquence d’un montage tortueux et de plusieurs niveaux de lecture (vie intime, vie sociale, analyse d’une époque, réflexions sur l’art, intrigues conspiratrices) qui ne s’imbriquent pas forcément au mieux. La beauté plastique du film est indéniable, allant de soi chez Greenaway, et laisse une impression concrète de magnificence visuelle ; mais le scénario trop dispersé et l’enchaînement général décousu finissent par ennuyer plus que par captiver, au contraire du Ventre de l’architecte qui, lui aussi, s’amuse à spéculer et manigancer autour d’un artiste tourmenté.
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le 1 nov. 2012

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