1977 sortait sur nos écrans, le film «La rose et la flèche». Non, il ne s'agissait pas d'un slogan pour une campagne électorale, mais simplement le nullissime retitrage français (une fois de plus) du film de Richard Lester, «Robin and Marian». Comme son titre original l'indique, le long-métrage va nous narrer l'histoire de Robin des bois, ici interprété par Sean Connery, mais c'est le côté humain et non le côté mythique qui intéresse le réalisateur Richard Lester («Les trois Mousquetaires»). Et le mythe va être mis à rude épreuve dès le prologue du film. L'histoire débute en France, devant les ruines du château de Châlus assiégé par une armée anglaise ressemblant plutôt à une armée de mercenaires habillés en hardes à commencer par Robin (S.Connery) et son fidèle compagnon Petit Jean (N.Williamson). Revenus des croisades, tout sauf en héros, les Anglais commandés par le colérique et versatile Richard Cœur de Lion (Richard Harris) que Lester décrit comme un tyran meurtrier, assiègent la forteresse et massacrent les civils pour un trésor imaginaire. Robin et Petit Jean ayant refusé de prendre part au massacre sont emprisonnés. Un prologue brut de décoffrage qui dépoussière bien les idées reçues. Nous sommes très loin du Roi Richard au grand cœur joué par Sean Connery dans la bluette romantico-guimauve de Kevin Reynolds avec Kevin Costner. Des films comme «La chair et le sang» de Paul Verhoeven ou encore le «Robin des bois» de Ridley Scott se sont largement inspirés de ce prologue rugueux. De retour en Angleterre après 20 ans, un robin vieillissant, fatigué, amaigri retrouvera ses anciens compagnons, frère Tuck ( Ronnie Baker), Will l'écarlate (Denholm Elliott) et surtout Marianne (Audrey Hepburn), l'amour de sa vie. Bien loin des exploits du brigand de Sherwood, qui sont ici plus que des souvenirs, Richard Lester nous livre une superbe histoire d'amour empreint de mélancolie, de regrets et de nostalgie, loin des clichés rabâchés par des adaptations édulcorées. Chez Lester, les héros sont crasseux et ils ont mal au dos, les héros sont maladroits, mais restent toujours fidèles. Chez Lester, les méchants ne sont plus foncièrement méchants, mais plutôt résignés, le rôle du shérif de Nottingham tenu par Robert Shaw est à ce titre croustillant. Chez Lester, les souverains sont des êtres dérangés, après Richard Cœur de Lion dans le prologue, le réalisateur va nous dresser le portrait du Prince Jean (Ian Holm) un peu plus loin dans le récit. Il semblerait que le poids des années n'ait épargné personne dans cette autre histoire. Seul l'amour indéfectible de Robin et Marianne a su rester intact.