"La Rue de la mort" complète le début de filmographie d'Anthony Mann, dans la mouvance du film noir de la fin des années 1940 (il avait réalisé "He Walked by Night" et "Border Incident" à un an d'intervalle), avant qu'il ne se lance dans la série de westerns réputés qui le rendront célèbre dès le début de la décennie suivante ("Winchester '73", "Bend of the River", "The Furies", "The Naked Spur", etc.). Pas de trace de génie ici, mais la marque du fameux artisanat de qualité qui parvient à monter des ingrédients assez basiques en une sauce élégante et agréable.
Les codes du film noir sont sans doute représentés le plus fortement au travers de l'environnement urbain on ne peut plus oppressant, le protagoniste (Farley Granger) se retrouvant pris au piège d'une spirale-engrenage infernale dans laquelle il se retrouve embarqué largement malgré lui — la fameuse petite boule de neige du petit délit amassant de plus en plus d'emmerdes sur le chemin pour terminer dans un ordre de grandeur supérieur. Durant tout le film, il n'aura de cesse de parcourir inlassablement les rues de New York d'un interlocuteur à un autre, d'une contrainte à la suivante, toujours sous la figure menaçante des gratte-ciels immenses qui structurent la ville. À la base, il n'y avait pourtant qu'un vol sans préméditation de ce qu'il pensait être une centaine de dollars... et ça se transforma rapidement en plusieurs dizaines de milliers de dollars, qui plus est de l'argent bien sale impliquant tout un cortège de personnalités peu fréquentables.
Mann insiste notamment sur la dimension sociale de l'étau, puisque le héros est un pauvre facteur qui tombe sur cette occasion argentée (certes malhonnête) pour assurer financièrement dans sa toute nouvelle fonction de père. Le vol est clairement filmé comme une tentation à laquelle il cède, et lorsque sa conscience l'aura suffisamment maltraité pour qu'il se décide à ramener l'argent, ce sera trop tard : les bad guys le poursuivront à travers la moindre parcelle new-yorkaise — et se soldera par une course-poursuite qu'on peut imaginer novatrice pour l'époque. Un peu de didactisme dans la voix off, un peu de morale dans la distribution des points conclusifs (méchants punis, rédemption pour les autres), mais beaucoup de sécheresse dans l'expression de la violence (les mises à mort ne font pas dans la dentelle).