Deuxième film signé Claude Mulot, La saignée flirte à la fois avec le polar et le western. Un jeune groom surprend le meurtre de deux personnes par un bonnet de la Mafia, et il prend la fuite depuis son hôtel New-yorkais jusqu'au retour en France, dans une petite ville de la Somme, où il ne va pas être forcément bien accueilli.
J'aime bien les films qui sont généreux, à savoir en donner le double pour le même prix. Je parle du climat, à la fois ensoleillé et pesant de New-York, où ce jeune homme, joué par Manuel Pradal, révélé peu avant dans Mourir d'aimer, subit une traque, abandonne d'un seul coup sa copine, car il sent qu'il a vu un interdit. Puis, le basculement dans la Somme est également réussi, on pense à un Western, avec ces dunes sans fin, où le ciel est par contre plus sombre, tout comme l'est cette histoire. On pense aussi à Claude Chabrol dans la description des habitants de ce village, où chacun semble cacher quelque chose, ou alors regarder tout ça placidement à l'image de la patronne de l'hôtel où se cache Manuel Pradal.
Film assez court (1H25), La saignée se suit avec grand plaisir, grâce notamment à la nature du personnage de Pradal, pas si sympathique qu'on peut le penser, qui est comme un chien dans un jeu de quilles dans ce village où son seul retour va comme exacerber de vieilles rancœurs, et un ancien amour qui va s'en mêler.
C'est parfois assez violent d'ailleurs, avec des meurtres à bout portant, et un tabassage assez pénible à supporter, bien que ça soit quasiment du hors-champ, et il y a un jeu amusant sur le langage, où une grande partie du film est en anglais, avec des actrices suédoises ou italiennes. Le temps des coproductions...
Le film était devenu invisible depuis sa sortie, et autant j'ai été (injustement ?) sévère avec La rose écorchée, le premier long-métrage de Claude Mulot, là c'est un film vraiment distrayant, dans la lignée du nihilisme de l'époque. Et qui n'oublie pas, à l'image des larmes subjectives, de soigner sa mise en scène.