Il y a des spoilers. Beaucoup.
Le film se regarde très bien, et je pense que c'est en majeure partie dû à deux choses : les acteurs très crédibles et la narration très fluide. Vraiment, on est convaincu par le jeu et l'histoire. Cyprien communique très bien sans parler (il a peu de lignes de textes), on cerne facilement le caractère du personnage qu'il incarne, ce qui constitue un enjeu de taille pour un court-métrage. Ça vaut aussi pour Rosa Bursztein et Stéphane Pézerat, qui sont très bons.
Il y a quelques éléments qui m'ont tout de même gêné.
D'abord, le scénario, ou du moins le final, est un peu facile. Bien sûr qu'il y a un enfant dans l'histoire. Aparté : je ne suis pas sûr d'avoir compris, ce bébé n'est pas le sujet de l'amour de Flora "pour une tierce personne" ? Enfin j'ai peut-être raté un truc, mais 18% d'amour à l'égard d'un premier bébé à naître, ça me paraît léger. Quoi qu'il en soit, le fait qu'elle soit enceinte ne surprend personne en raison du set up mis en place au début du film. Perso, quand j'ai entendu "tierce personne", il m'est apparu évident que ça allait être un bébé. Bref.
Revenons sur le personnage de Cyprien, Milo. Certes, son jeu est bon. Il en fait une personne réservée, un mec convaincu de sa propre stabilité émotionnelle mais en fait carrément pas sûr de lui, incapable de gérer plusieurs choses à la fois, ni même une seule chose en fait. Il semble rongé par une peur de l'échec (son livre, son couple) qui le bloque complètement et fait le vide autour de lui. Sûrement un traumatisme d'enfance. Œdipien, c'est flagrant. Moment psychologie de comptoir terminée, il n'empêche que ce qui fait la cohérence du personnage, permise par l'interprétation de Cyprien, est aussi ce qui fait sa faiblesse, une faiblesse qui déborde sur tout le film. Je m'explique : on est plutôt face à une histoire triste, j'ai bien compris. Selon moi, il faut que l'aspect merdique de la situation nous apparaisse au-delà du personnage de Cyprien, pas qu'il soit l'unique canal par lequel l'angoisse nous est transmise. Je sais bien que c'est lui qui érige la situation en tragédie et se fait l'acteur de son accomplissement. Quand bien même. Cette focalisation sur son personnage contribue à (me) le faire passer pour un simple connard. Torturé, avec ses raisons si vous voulez, mais un connard quand même. A quel moment ton dialogue "faut qu'on parle" avec la personne que tu vas épouser soon tm et que tu soupçonnes d'avoir une attirance sentimentale extra-conjugale se réduit à un "t'aimes encore ton ex salope, j'ai vu ton sourire, tes sms" suivi d'un claquage de porte et d'une utilisation compulsive du budget du mariage dans le test d'amour ? C'est lié au format court, mais ça rend l'histoire un peu moins immersive. Selon moi.
L'autre objet de mes reproches est l'esthétique. On est sur une esthétique du type Black Mirror (pas seulement l'esthétique d'ailleurs, c'est un mini épisode édulcoré de Black Mirror qu'on nous sert), dont un autre qualificatif pourrait être "branchouille". C'est-à-dire qu'on a des décors qui renvoient à une époque en complète rupture (en anachronisme j'entends) avec celle du développement d'une telle application. Je sais que c'est le propos de Black Mirror de rendre la datation impossible pour faire sourdre en nous des songes d'angoisse et terroriser les plus impavides. Mais je trouve que c'est surutilisé et que ça relève surtout du "mouais j'trouve que ça serait sympa d'avoir des locaux type Interpol mais des casiers en métal type ANPE", simplement parce que ça fit bien avec l'imaginaire du réalisateur (qu'on embrasse) et que c'est le genre d'esthétique qu'il aime. Je demande pas à ce qu'on soit dans un bail futuriste mais vous savez comme moi qu'une start-up digne de ce nom (une appli qui propose un test d'amour qui plus est) doit avoir son rooftop ; elle peut pas être dans un sous-sol glauque comme ça. Elle a un logo d'appli claqué (Air B&B inversé) comme toutes les applis claquées à l'espérance de vie ridicule qui trustent ton feed pendant une semaine avec la petite mention "Sponsorisé" avant de disparaître à jamais dans les limbes. En version courte : je trouve que le décor ne sert pas le film, il est vraiment là pour exister de son côté, en tant que tel, gratuitement. Sauf dans la scène de l'interrogatoire.
Dernier détail qui va un peu avec ce que je viens de dire, paradoxalement : quelques effets que je trouve ultra cheap. Ils sont forcés par le format une fois encore, mais ils craignent de ouf. Tout dans l'esthétique respire la bonne société parisienne "brunch-bois-d'arbre-éthicolo-responsable". Et on te fait un zoom dégueulasse sur l'affiche du mariage et le "Beaucoup de bonheur en ce jour et pour toujours" qui est une façon classe de dire "regarde regarde on met le bonheur mais c'est pas le bonheur, leur mariage se casse la gueule". J'sais pas pourquoi cet effet m'a trigger à ce point, mais voilà. Ah et la musique est trop présente, à des moments qui ne sont pas opportuns, elle prend trop souvent sur elle la création de l'ambiance : quand il y a des gens qui parlent, tu mets pas de la musique (c'est pas un putain de Vlog de vacances). Sauf dans la scène de l'interrogatoire (y a pas de musique).
J'ai bien aimé la scène de l'interrogatoire.