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Dès cette introduction, ce plan séquence phénoménal porté par la bande-son endiablée de Henry Mancini, où le suspens est immédiat et s’étire trois minutes durant, alors que l’on ne sait quand la bombe placée dans le coffre va exploser et qui seront les victimes ; dès cette introduction où le surplomb de la caméra nous fait prendre connaissance des lieux, cette ville-frontière aux mains des narcos et de la corruption, où le danger guette en tous coins alors que la fête et la débauche règnent dans les rares bâtisses qui ne soient pas abandonnées ; dès cette introduction qui nous présente le couple Charlton Heston et Janet Leigh que l’on ne reverra plus ensemble avant la fin du métrage ; dès cette introduction, on se pose confiant entre les mains d’Orson Welles.
En condensant l'entièreté de son intention dans ses trois minutes, le cinéaste rend l’heure et demie suivante tout simplement logique. Il nous a épaté techniquement? Alors on ne s’étonnera pas de voir la voiture de Vargas foncer à toute allure dans une rue sans que cela ne passe par une projection du décor à l’arrière-plan, mais bien par une situation réelle. Il nous a fait ressentir la proximité des tourtereaux? Alors il faudra s’habituer à ce qu’ils ne puissent se retrouver. Il nous a montré la menace criminelle? Alors on ne sera pas surpris celle-ci se concrétise par une approche radicale pour l’époque, encore sous la censure du Code Hays, mêlant viol collectif, drogues et lesbiannisme. Il nous a montré les méthodes laxistes des douaniers? Alors on comprend d’emblée les raccourcis pris de façon fréquente par l’inspecteur Quinlan.
C’est d’ailleurs ce dernier qui vient voler le récit. Seul absent de cette introduction, il vient compléter en imposant sa carrure (comme dans Citizen Kane, le travail de grimage d’Orson Welles est tout simplement effarant), sa gouaille, et ses doutes. Son parcours est celui d’une chute, celle d’un inspecteur qui se retrouve bon détective mais mauvais flic. Un homme qui perd pied, et tente de se rééquilibrer par les excès, dans un parallèle prémonitoire assez dérangeant de la vie de son interprète.
Touch of Evil est le dernier film hollywoodien du réalisateur. Les ingérences du studio, menant à trois versions du film dont la seule correspondant à sa vision propre est sortie à titre posthume en 1998, ont eu raison de lui. Son projet de Don Quixote s’embourbe, tandis que ses films suivants, The Trial et Falstaff, ne rencontreront qu’un succès d’estime ultérieur. La bouteille et le gras se font plus présents, tandis que Welles, comme Quinlan, n’y croit plus. Lui qui était le policier le plus respecté du pays, le voilà traîné dans la boue…