Bavard mais qualitatif au niveau de l'écriture et de la mise en scène.
Ce film noir américain de la fin des années cinquante, adapté du roman "Badge of Evil" de Whit Masterson, représente un cocktail goûteux, à consommer sans modération pour n'importe quel esthète du 7ᵉ art.
Vargas (Charlton Heston) est un policier mexicain sincère et éthiquement intègre qui se retrouve à devoir enquêter sur les agissements louches de l'Américain et capitaine respecté Hank Quinlan (Orson Welles). Les événements s'aggravent à mesure que l'enquête avance. D'autant plus lorsque la femme de l'honnête homme, Susan (Janet Leigh), se trouve être la victime d'une machination ténébreuse et sordide.
Réalisé par l'un des acteurs principaux même du film, le cinéaste et comédien Orson Welles nous expose ici une histoire aux tournures sombres composée de dialogues précis et savoureux. Brillamment mis en scène, "La Soif du mal" se démarque par des plans de caméra bien trouvés, un jeu d'acteur impeccable et un récit agréablement bien mené du début à la fin du long-métrage.
Pour rester sur le jeu d'acteur, celui du trio principal est d'un très haut niveau. Entre une Janet Leigh ferme mais naïve, un Charlton Heston valeureux et presque méconnaissable en détective mexicain à la peau hâlée et un Orson Welles en ogre ingénieux gangrené par le vice, l'on peut dire que ce triangle d'acteurs donne aux spectateurs et spectatrices un spectacle savoureux, couronné par la présence prestigieuse d'une autre légende du grand écran, Marlène Dietrich.
La qualité évidente du film s'explique aussi par l'écriture minutieuse d'un scénario pointu et cohérent signé Orson Welles, Paul Monash et Franklin Coen.
Un script un peu casse-tête à certains moments car combiné avec un rythme soutenu d'une mise en scène active aux dialogues qui fusent comme des pétards que l'on explose à l'infini.
Malgré que le métrage soit en noir et blanc, nous pouvons remarquer que le jeu de lumière a une place centrale dans ce film. Métaphore possible d'une obscurité profonde qui domine l'ambiance inquiétante de l'histoire.
Un long-métrage unique où l'on a l'impression que la nuit s'étire comme un morceau de chewing-gum impossible à casser.