Un huis clos ronflant et en pilote automatique qui nous laisse un arrière-goût d’inachevé.

Un matin, les habitants d’une cité isolée découvrent que leur tour est enveloppée par un mystérieux brouillard opaque. Mais le plus inquiétant, c’est que cette espèce de plasma semble dévorer tout ce qui tente de le traverser…


Guillaume Nicloux (Valley of Love - 2015) change radicalement de registre pour celui du drame fantastique. La Tour (2023) est un huis clos étonnamment ronflant et plombé par une écriture flemmarde et un trop plein de personnages. Bien évidemment, le pitch de départ renvoie à des films bien connus du grand public tels que The Fog (1980) de John Carpenter et son remake The Mist (2007) de Frank Darabont, pour le côté brouillard maléfique ou entité extraterrestre. Moins connu du grand public, on pensera aussi à deux huis clos qui se déroulent dans une cité HLM (et une barre d’immeuble lugubre), avec Territoire ennemi (1987) de Peter Manoogian, ainsi que Citadel (2012) de Ciarán Foy. Après ces quelques similitudes, faut-il pour autant espérer quelque chose d’original de la part de Guillaume Nicloux ?


Très rapidement, on constate qu’il n’en sera rien, Guillaume Nicloux nous perd relativement vite, il y a tellement de protagonistes que l’on finit assez vite par ne plus s’y retrouver, tous les habitants de la tour s’étant regroupés par ethnie (ou par "race", dixit le film). Au fil des mois, voir des années (les habitants sont piégés au sein de leur tour d’habitation), ils finissent inévitablement par se mettre sur la gueule, chaque étage est en guerre avec celui du dessus ou du dessous. On est dans l’archétype de la tour HLM du 93, multiethnique, avec les rebeus, les noirs et les babtous qui se liguent les uns contre les autres. Les ellipses sont en surnombre, on passe de quelques mois d’enfermement à plusieurs années (!), sans que l’on sache réellement comment ils font pour continuer à se nourrir

(on les voit faire pousser quelques plans de salades, élever en batterie des chats et des chiens pour les bouffer… on n’y croit pas un instant).


Là où le réalisateur parvient à montrer les effets néfastes d’un tel enfermement, c’est lorsque l’on constate le niveau de déchéance des uns et des autres au fil du temps, psychologiquement et physiquement, ils finissent tous plus ou moins par perdre les pédales et des stigmates apparaissent sur leur peau. Sans parler du niveau d’insalubrité qui ne fait que prendre de l’ampleur à tous les étages.


Guillaume Nicloux a-t-il voulu réaliser ici une parabole fantastique sur le confinement en se focalisant pendant 90min uniquement sur les rapports humains (conflictuels) sans jamais chercher à faire la lumière sur ce qui se passe à l’extérieur (quand, pourquoi, comment ?), sans parler de toutes les personnes qui se sont fait aspirer, avaler, manger ? par ce mystérieux voile noir (que sont-elles devenues ? Sont-elles toujours vivantes ou réduites en bouillie ?). La Tour (2023) se retrouve rapidement en pilote automatique, avec la loi du plus fort qui guide l’ensemble des résidents. Au final, ça tourne en rond jusqu’au dénouement final qui nous laissera non seulement sur notre faim, mais aussi sur un arrière-goût d’inachevé.


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le 10 févr. 2023

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