Sebastian Lelio réalise avec La Vague, non pas un film sur le fonctionnement du nazisme, mais une œuvre sur le système patriarcal.
Pleine d'énergie, de rythme, de joie, de couleurs, La Ola peint un tableau des forces et des limites du féminisme. Ou plutôt, des féminismes. En effet, les auteurs et autrices parviennent à contourner le piège de la lecture simplifiée du monde, récurrent dans les comédies musicales, en exposant une galerie de cas complexes, évitant ainsi à la fois le manichéisme et la naïveté. Autre piège du genre musical en partie déjoué : le manque de subtilité. Là où les paroles des chansons vont s'y blottir sans scrupule, la mise en scène, elle, va s'en extraire plus subtilement.
Cependant, le réalisateur assume complètement l'artificialité du genre, en brisant les murs, au sens propre et figuré, interrogeant les forces et les limites du cinéma. Pourquoi un réalisateur homme fait-il un film sur un mouvement féminin et féministe ?, se demande-t-il avec beaucoup d'autodérision (sans donner tout-à-fait de réponse satisfaisante autre que l'envie de participer à ce mouvement là et de se faire taxer d'opportuniste par ses personnages).
La poésie n'échappe donc pas au récit, hommage aux étudiantes qui se sont soulevées au Chili pour dénoncer l'impunité des agresseurs au sein de leur université. Ni l'humour, acide et radical, qui rabaisse institutions et hommes au rang de clowns aussi ridicules que terrifiants. Ni le réalisme, tragique, qui expose les conséquences de l'engagement dans la lutte féministe et celles du non-engagement, avec des issues relativement semblables. L'héroïne du film n'en est pas vraiment une : la preuve en est de son retrait systématique et de sa méfiance vis à vis de toute forme de récupération politique de son agression. À côté de Nina Simone, poster dans sa chambre, mais jamais à son niveau.
Reste le choix de la comédie musicale, qui s'explique facilement : le chant, la danse, comme des moyens de se libérer de tout contrôle, de s'exprimer dans un autre moyen que celui du système, et de purger son corps, en plus de faire de la lutte antipatriarcale une lutte joyeuse (avec les limites que ce mot inclut). Après La petite dernière, portrait joyeux mais pas naïf d'une jeune adulte musulmane lesbienne, La Vague emporte avec elle un souffle positif. S'il ne pleut pas, on va être la pluie. S'il pleut, on va danser.