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Un bruissement d’archets. Des voix qui montent, hésitent, puis se heurtent. La caméra s’attarde sur le grain d’un mur couvert d’affiches : colle sèche, encre fraîche, doigts tachés. La Vague s’ouvre non par un slogan, mais par un souffle — celui d’une musique qui cherche sa note juste avant de devenir cri.
Lelio filme le printemps 2018 non comme une archive politique, mais comme un corps qui tremble. Julia (magnifique Daniela López, vibrante, vulnérable, jamais emblématique) avance en plans serrés, le regard brûlé par la peur et l’élan. Un violoncelle, un tambourin, un chœur improvisé dans un couloir : la révolte se chante, se chuchote, se désaccorde. Et soudain, elle prend. Comme une mélodie qu’on croyait fragile et qui déferle.
Le montage épouse le rythme d’une marche étudiante : haletant, parfois chaotique, puis suspendu — un silence, un souvenir, un aveu. Quand Julia trouve la force d’énoncer ce qui la hante, le film cesse d’être chronique pour devenir blessure à ciel ouvert. Lelio ne fétichise pas l’engagement : il montre ses doutes, ses contradictions, sa fatigue, son vertige. Par moments, on pense à A Fantastic Woman croisé avec Les Demoiselles de Rochefort, mais sans pastel — ici, la couleur est colère, cuivre, sueur.
Si certaines séquences musicales s’étirent un souffle trop longtemps, elles n’enlèvent rien à la force du geste : un film sur la musique comme outil de survie, sur la parole comme fracture, sur la vague qui naît d’une goutte. Quand les voix s’unissent dans la nuit, bougies à la main, on sent presque l’odeur de cire chaude et de pluie.
Un chant, un cri, une caresse.
Note : 14/20
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