En 2025, plusieurs membres d'une même famille héritent d'une vieille masure abandonnée en Normandie. Quatre cousins, Seb, Guy, Céline et Abdel, vont alors s'intéresser à une certaine Adèle qui est passée dans cette maison à la fin du XIXe siècle.
J’évacue tout de suite les procès en népotisme sur le film de Cédric Klapisch. Un film n’est pas mauvais parce qu’il est joué par des fils ou des frères de. C'est presque aussi bête de dire ça que "le remake de la Petite Sirène est nul parce qu'une sirène ne peut pas être noire" qui l'emporte tout de même niveau bêtise grâce au bonus racisme.
Ceci étant dit, je souscris à l'idée que ce film est très mauvais, mais pour des raisons tout autre que la qualité de son casting, Vincent Macaigne mise à part. Je dirais que le défaut principal de ce long métrage réside dans le fait que cette histoire n'a aucun sens et semble sortir tout droit du cerveau d'un boomer passéiste.
Qui peut croire une seconde à ce fantasme délirant sur la période fin XIXeme durant laquelle, pour rappel, et pour rester sur un plan purement juridique, la femme est considérée comme mineure toute sa vie, passe de l'autorité de son père à celle de son mari, ne peut pas signer un contrat, ouvrir un compte bancaire, travailler ou voyager sans l’autorisation de son mari et ne peut ni voter, ni être élue, ni participer à la vie politique ?
Mais ici que nenni, notre chère Suzanne Lindon à peine majeure monte à Paris seule depuis la campagne du Havre et tout se passe à merveille pour elle. Le film laisse même à penser que c'était plus facile autrefois qu'aujourd'hui ! En menant son récit parallèlement au siècle des révolutions et en 2025, Klapisch persiste et signe: c'était mieux avant !
Avant les prostituées faisaient ce travail par nécessité et avaient du goût pour l'art, aujourd'hui leurs successeurs influenceuses ne respectent même pas les tableaux des grands peintres. Il fut une époque où les gens se serraient les coudes, si deux garçons croisaient une fille en galère ils l'accueillaient dans leur chambre sans attendre aucune contrepartie (que meetoo était alors loin dans le futur ! ). Les femmes travaillant à la laverie pouvaient flirter avec légèreté dans les bars quand aujourd'hui les gens ne se parlent plus les yeux rivés sur leurs téléphones. Les génies en devenir ou accomplies étaient tout entier consacré à leur art ce qui leur conféraient une bienveillance naturelle envers autrui et si ils abandonnaient femme et enfant c'était pour la bonne cause. Ce n'est pas comme aujourd'hui où les gens ne pensent qu'à l'argent et où certains vont même jusqu'à envisager, ô sacrilège !, de vendre des œuvres d'art pour arrondir leur fin de mois (ne serait ce pas plutôt pour survivre quand on est apiculteur ou prof à Paris en 2025?).
Mais à quoi peuvent bien s'accrocher les pauvres contemporains noyés dans le béton, les nouvelles technologies et déboussolés par la perte des belles valeurs de l'époque ?
Première réponse du film, la famille. Parce que, malgré nos différences, il y a plus important qui nous unit: les liens du sang et nos ancêtres qui ont participé à la grandeur de la France (pas de chance si vos grands parents étaient collabos, heureusement les protagonistes du film sont des descendants de Claude Monet).
Pour l'amour aussi. Cousin Seb, jeune artiste bobo se met enfin en couple avec une autre jeune artiste bobo comme lui et quitte sa copine, parfaite antagoniste de son personnage (mais pourquoi daible étaient ils ensemble?), une influenceuse superficielle et forcément méchante.
En somme, le film de Klapisch échoue là où il pensait nous émouvoir : à tisser du lien entre passé et présent, entre mémoire et transmission. À force de trop vouloir enjoliver le XIXe siècle pour en faire un miroir flatteur de notre époque désenchantée, il en arrive à nier les violences systémiques qui le traversaient et à verser dans une nostalgie réactionnaire, une sorte de "c’était mieux avant" à peine déguisé, où les artistes étaient purs, les femmes libres, et les pauvres heureux de l’être.
Ce n’est donc pas le népotisme qui plombe le film, ni même une éventuelle maladresse d'interprétation. C’est le message même, profondément naïf voire idéologiquement douteux, qui fait naufrage. En prétendant célébrer la beauté du lien familial, de la création artistique et du passé, Klapisch finit par livrer une fable passéiste déconnectée.