L’adaptation au cinéma du roman de Georges Simenon, différente sous plusieurs aspects importants, creuse davantage la marginalité de ses personnages inscrite dans un lieu donné, un village où coule un canal séparant la Champagne et la Bourgogne, et dans un espace délimité, la France, pays défini par sa xénophobie et son racisme patriotique. Nous retrouvons en Tati Couderc et en Jean Lavigne les figures d’un temps ancien qui se heurtent, en lui livrant une résistance destructrice, à la modernité telles que Pierre Granier-Deferre les dépeignait dans Le Chat, sorti la même année : soit deux êtres meurtris par la société, l’un en raison d’actes illégaux commis parce qu’il « en avait assez », l’autre victime d’un patriarcat et d’une entreprise de diffamation afin de récupérer la maison dans laquelle elle vit, qui cherchent à unir leurs forces dans une passion interdite. Le cinéaste s’engage dans une relecture de la Bible, aussitôt appliquée aussitôt invalidée par les circonstances : la recomposition d’une crèche symbolique dans l’étable ne permettra ni au père – doté d’un faux nom – ni au fils – dépourvu de nom – de vivre en harmonie.
La mise en scène joue habilement sur le rythme, son montage cassant volontiers la longueur de ses plans au service d’un effet particulier – par exemples, la séquence de bal musette ou la clausule, mobilisant un superbe et tragique ralenti –, et bénéficie d’une photographie soignée qui immortalise la beauté de ses comédiens. Si le film tend à se complaire dans les méandres d’une rusticité naturaliste, se complaisant quelque peu dans la violence campagnarde comme Félicie asperge tous les jours le front de son nouveau-né, son efficacité teintée de mélodrame emporte l’adhésion du spectateur.