Depuis les années 1990, le cinéma d'horreur et d'épouvante asiatique a acquis une renommée mondiale. Néanmoins, un reproche lui est parfois adressé : son relatif manque de renouvellement _ les premiers succès (dont l'incontournable "Ring") ayant rapidement engendré une kyrielle d'imitations reproduisant à quelques variations près les mêmes schémas (fantômes, malédiction, jeune fille en proie à des forces malfaisantes etc), les mêmes ficelles usées jusqu'à la corde. Mais "La Victime", film thaïlandais de Monthon Arayangkoon, sort incontestablement du lot. L'idée du film dans le film et du tournage hanté est brillamment exploitée, ce qui donne lieu à une intrigue particulièrement ingénieuse. Tout en évitant les scènes gore racoleuses, le réalisateur a créé une oeuvre surprenante, captivante et souvent assez drôle car l'humour et l'autodérision y occupent une place importante. Ce côté décalé contribue à l'originalité de ce thriller fantastique, qui bénéficie en outre d'un très bon casting _ mention spéciale aux actrices Pitchanart Sakhakorn et Penpak Sirukul. Enfin, la mise en scène et la bande originale sont magistrales. Sur le plan esthétique, il s'agit d'un pur travail d'orfèvre : un délice sonore et visuel. Décidément un grand film, scandaleusement sous-côté : "La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté." (Marcel Proust)