"There's thousands of us over the world. We'll own this country some day."
"The Little Foxes" (traduit par "La Vipère" afin de rendre immédiatement intelligible au public francophone la nature du venin qui coule dans les veines de la famille) est un peu le penchant aigre et cupide d'un autre grand film prenant pour décor le tournant du XXe siècle dans le Sud des États-Unis, comme l'autre face beaucoup moins romantique des plantations de "Autant en emporte le vent". Dans cette histoire de famille où l'argent règne en maître et est l'objet d'absolument toutes les conversations, il est curieux de retrouver le couple Herbert Marshall / Bette Davis un an après le film (La Lettre) dans lequel ils avaient incarné un autre couple, chez Wyler également. Si Marshall ne brille pas ici par son éloquence (il joue le rôle de son mari banquier et infirme, on comprend que la marge de manœuvre soit limitée), Davis est quant à elle parfaitement à l'aise dans un nouveau personnage de garce manipulatrice.
On est en 1900 et une famille se déchire, plus précisément une fratrie de 2 hommes et 1 femme particulièrement avides. Il est question de mariage empêché pour en favoriser un autre dit "de raison", et de mari qui refuse de prêter de l'argent à sa femme, bien au courant de ses manigances et de ses frasques. Infiltré dans absolument toutes les strates de la narration, l'argent et son pouvoir corrupteur, en famille et au travail. Wyler déploie une mise en scène quelque peu académique pour illustrer cela, en ce sens pas très aidé par la dimension théâtrale du récit qui lui colle à la peau. Mais l'âpreté du propos résonne de toute sa sécheresse, avec quelques grands moments de tension — on n'en finit pas d'aborder le fameux plan-séquence de l'escalier qui voit Davis témoigner une incommensurable méchanceté et un effroyable machiavélisme. Ce film illustre en outre l'avènement du capitalisme moderne, consumé par les liens d'argent, qui fera dire à un des oncles arrivistes "There's thousands of us over the world. We'll own this country some day. They won't try to stop us". C'est aussi, non loin du film de Fleming, une peinture de la destruction d'une famille sudiste gangréné par sa cupidité. Au milieu, en pièce centrale, Davis ("one who eats the earth") plante des couteaux dans le dos de ses frères, de son mari, et même de sa fille.
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