Hong Sang-Soo persiste et signe : il nous livre une nouvelle variation minimaliste sur le thème du rien. La Voyageuse, c’est l’histoire d’une femme qui erre, parle peu, boit un peu trop, et regarde le vide avec intensité. Voilà pour le pitch.
Si certains crieront au génie contemplatif, d’autres (et ils seront nombreux) y verront surtout un exercice d’austérité flirtant avec l’ennui abyssal. Sang-Soo filme ses personnages comme s’ils allaient, à tout moment, philosopher sur la vie… mais non. Ils se contentent d’échanger des banalités entre deux gorgées d’alcool, dans des plans fixes qui donnent l’impression que la caméra a été oubliée sur un trépied.
Isabelle Huppert, pourtant talentueuse, semble sous-exploitée. Son jeu oscille entre mutisme et soupirs, comme si elle-même n’était pas convaincue par ce qu’elle joue. Quant à la mise en scène, elle est d’une simplicité telle qu’elle en devient frustrante : dialogues hachés, zooms approximatifs et une lumière naturelle qui donne surtout envie d’aller prendre l’air.
Bien sûr, les inconditionnels du réalisateur parleront d’épure, d’une volonté de capturer l’essence du moment, de laisser le spectateur respirer. Mais à force d’épurer, ne reste-t-il pas parfois… juste du vide ?
En fin de compte, La Voyageuse n’est pas un mauvais film. C’est un film qui divise, qui envoûtera certains et exaspérera les autres. Un voyage introspectif, ou une errance interminable ? À chacun de trancher.