Sarah est mécontente. Mécontente que son père soit remarié, mécontente d’avoir un demi-frère de 2 ans, Toby, et mécontente de devoir le garder pendant que son papa et sa belle-mère sortent en amoureux. Sarah, qui vit surtout dans son imagination et sur le coup de la colère, répète à haute voix une phrase de son livre pour que le roi des kobolds la débarrasse de Toby. Contre toute attente, le bébé disparaît.
Jim Henson est un magicien des marionnettes qui avait déjà réalisé le sublime Dark Crystal. Il réitère ici en s’aidant à l’écriture du facétieux Terry Jones, le père des Monty Python.
Labyrinthe annonce très vite la couleur en plongeant dans un univers féerique avec force paillettes (au moins au début), décors kitch et marionnettes. Pour le couple de héros, on a la star du rock David Bowie qui avait déjà une solide carrière d’acteur à l’époque et la jeune Jennifer Connelly qui avait 3 films à son actif à seulement 16 ans. Tout ça démarre très, très bien.
Oui, mais non. Labyrinthe, s’il nous régale de ses marionnettes inspirées par Brian Froud (c’est son tout jeune fils qui joue Toby, d’ailleurs), est malsain. Les pantins ne sont pas juste dérangeants, ils rivalisent de laideur. Pire, ils sont tous, invariablement tous, méchants ; seul l’immense Ludo ne fait pas de crasse à Sarah. Le lac fécal avec ses orifices évocateurs n’était vraiment pas nécessaire non plus. Et enfin, la relation entre Jareth et Sarah est pédophile ; David Bowie a presque 40 ans à l’époque, et son personnage cherche explicitement à séduire une gosse. OK, c’est les années 80, mais c’est quand même malsain.
De plus, l’histoire ressemble étrangement à celle de l’Histoire sans fin, sortie 2 ans auparavant. On y retrouve une enfant qui n’a pas de maman et qui se réfugie dans son imagination pour échapper à une réalité insupportable. Les amis irréels qui l’accompagnent sortent également d’un livre. C’est vraiment très ressemblant.
Bien sûr, Labyrinthe est une prouesse artistique, car les marionnettistes donnent la vie à leurs poupées, les décors sont somptueux, l’hommage à Escher est impressionnant et les chansons de David Bowie sont… décalées dans ce monde censé être enfantin. Mais la méchanceté omniprésente écrase l’humour et on ne rit pas des déboires de l’héroïne. Si Jareth est sulfureux à souhait, Sarah n’est pas tellement sympathique non plus, ni ses compagnons animés. Au final, il n’y a guère que le bébé qui est attachant. C’est un peu court pour un film. Dommage…