Comme tu as changé, je ne te reconnais pas
Lady Vengeance signe la fin d'une trilogie inégale mais dont le troisième volet s'avère être le plus intéressant. La vengeance tient lieu d'œuvre d'art, de projet de toute une vie, accomplissement de fureur, délivrée par l'ange de la mort. Lee Geum-ja mûrit sa vengeance pendant de longues années à travers une ascèse impressionnante en prison où elle se fait meurtrière, met ses pions en place les uns après les autres pour qu'une fois sortie, son dessein puisse s'accomplir dans toute sa démesure. Le projet du cinéaste est avant tout esthétique et non moral comme le confirme la scène du début où Geum-ja envoie balader le prédicateur de la prison, ou encore l'utilisation qu'elle fait du sutra bouddhique. Le spectateur pense donc qu'elle en a fini avec toute idée de rédemption et qu'elle place sa foi tout entière dans son désir de destruction. Les flash-backs qu'utilise Park Chan-wook, montrent bien le blocage mental dans lequel se trouve son héroïne.
C'est donc la dimension tragique et implacable qui intéresse en premier lieu le cinéaste. Mais quand enfin Geum-ja arrive à son but, prête à détruire l'homme qui l'a condamnée à l'enfermement, une autre dimension apparaît: la dimension morale de la vengeance. Une fois face à ce qu'elle a conçu pendant des années, elle perd ses moyens et en déduit que la vengeance n'est qu'un mal de plus. Park abandonne alors toute démesure pour resserrer son attention sur la dimension humaine de ce personnage traversé par le doute. Son acharnement passé l'ouvre soudainement sur un gouffre. Le projet esthétique devient dès lors projet moral et donne à Lady Vengeance une ambition non dénuée de sens. Film poignant.