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le 20 juil. 2015
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Se plaçant avec panache dans le sillage de films neo-noirs de la trempe du très bon Red Rock West du même réalisateur ou du sulfureux Hot Spot de Dennis Hopper, Last Seduction possède de jolis atouts...
Le néo-noir est un genre généralement décevant : tous les « grands classiques » du genre, de Chinatown à Body Heat, sont en réalité terriblement surcotés et ne méritent pas leur réputation. Pour moi, le meilleur film du genre reste Blade Runner (et encore, c’est censé être de la science-fiction, ce qui montre la rareté des pépites), suivi de quelques rares productions de prestige qui possèdent une dimension unique, comme Angel Heart (un autre film qui n’est pas du néo-noir pur, mais un film fantastique très stylisé). Et c’est parmi les films moins connus, souvent des séries B, que l’on trouve les perles les plus interessantes, comme The Last Seduction, dont le point fort réside dans la brillante performance de l’actrice principale (dans le seul rôle intéressant de sa carrière). Détails ci-dessous.
Le scénario: la force du scenario est dans la création d'un des meilleurs personnages de femme fatale jamais écrit pour le cinéma, et toute la prémisse repose donc entièrement sur la capacité des auteurs à montrer de manière réaliste comment une femme parvient à prendre le pouvoir total sur un homme à travers un tissage de manipulation psychologique et de jeux amoureux de plus en plus déviants et amoraux.
L'ecriture évolue à un rythme excellent, est rempli de trouvailles, offre des dialogues souvent savoureux, et l'humour tout au long du film est drôle et subtil. Néanmoins, après le pivot du milieu du deuxième acte, la vraisemblance de l'ecriture degenere vers du carrément farfelu. Cet écueil aurait pu être évité si les pivots narratifs jalonnant la descente aux enfers du personnage masculin avaient été moins précipités: Peut-être manque-t-il au film une vingtaine de minutes détaillant de facon plus viscerale comment l'addiction affective et sexuelle du personnage masculin l'entraine à accepter des jeux pervers de plus en plus extrêmes, jusqu'à arriver au point de non-retour de la dépendance sordide. Cette partie du film etant traitee de facon un peu legere, le spectateur a du mal à accepter la capitulation du personnage masculin.
Un autre regret dans ce scénario, c'est que l'obsession/dépendance du personnage féminin pour New York City (qui était pourtant un angle fantastique) n'a malheureusement pas été complètement développée.
Ces choix d'écriture empeche le film de prendre en substance, mais en contrepartie le film gagne en rythme, la trame avançant sans temps mort.
Réalisation: John Dahl est un excellent directeur d'acteurs, et les acteurs ici sont tous au sommet, Linda Fiorentino y etant tout simplement incroyable. Il est aussi econome dans sa mise en scene, et pas seul plan n'est gaché, et c'est deja assez rare pour le noter! Il n'est par contre pas le plus grand créateur d'images ni d'atmosphère, et la photographie sans recherche nous rappelle constamment qu'il s'agit d'un téléfilm de consommation rapide, ce qui pour un neo-noir est un comble.
Mais le plus gros probleme a mes yeux c'est que les scenes érotiques sont horriblement banales, et meme insipides, ce qui reduit encore plus le potentiel du projet, vu le postulat de depart. Le personnage feminin est censée faire chavirer sa victime, mais on n'a droit qu'à des scènes de sexe timides et vanila, ce qui rend l'histoire encore plus difficile à croire.
Ces problèmes sont expliqués par les circonstances de cette production : le film avait été pitché à ITC Entertainment comme "un téléfilm de routine du samedi soir", du divertissement de consommation rapide sans vagues et sans surprises. Le scénariste et le réalisateur cachaient méticuleusement leur intention de faire en réalité un bon film (ce qui aurait détruit toute chance que le film se fasse). Le tournage se fit sous le contrôle tenace des représentants de la compagnie, qui firent même stopper la production un jour en criant au "film d'art". Résultat, le film fini est bien évidemment handicapé. Il existe quelque part, je crois, un montage de 57 minutes incluant des scènes coupées ainsi qu'une fin alternative, mais vu la qualité générale du film, je ne miserais pas trop sur la possibilité de trouver mieux dans les out-takes.
Pour conclure, Linda Fiorentino, voilà le film. Et elle vaut le détour. Une véritable vamp, comme on n'en voit plus. Pour le reste, je suis convaincu que si les producteurs avaient laissé les auteurs travailler, le film aurait été un succès encore plus lucratif que le très surestimé (et aujourd'hui terriblement daté) "Basic Instinct" sorti deux ans avant. Mais toutes réserves prises en compte, The Last Seduction est malgré ses problèmes bien à des kilomètres au-dessus de beaucoup des célèbres néo-noirs de liste A. Recommandé !
Créée
le 11 févr. 2025
Modifiée
le 12 févr. 2025
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8
le 20 juil. 2015
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