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le 1 janv. 2026
SuivreHors saison
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L’ouverture sur ces baskets géantes survolant des pistes de ski verdoyantes est une belle idée. Le jeu d’échelle crée un aplat déroutant, un contraste frappant entre la lourdeur humaine et la petitesse de la nature. Une promesse formelle intrigante, qui laisse espérer un geste de cinéma. Pourtant, à partir de cette image forte, en apesanteur, au-dessus des tracas du monde, "Laurent dans le vent" s’engage ailleurs : dans le récit d’un personnage sans point de vue, ou plutôt incapable d’en produire un.
Laurent, trentenaire pâle et lent, dérive sans attaches. Solitaire, exilé de la ville, il vient d’atterrir dans cette station de ski hors saison. Il cherche du contact et va provoquer les rencontres. Il a besoin de s’accrocher à quelque chose, quitte à devenir intrusif. Éternel loser adulescent, il se révèle envahissant. Baptiste Pesculat incarne ce flottement avec justesse : sa diction monotone et son jeu en retrait rendent le personnage à la fois décalé et involontairement comique. Mais le film ne cherche pas tant à faire rire qu’à installer un malaise diffus, symptomatique de l’époque. Il se veut générationnel, comme le portrait d’une jeunesse précaire, sans attaches ni repères, complètement larguée.
L’humour affleure constamment, mais se voit rejeté, presque à contrecœur. Le film s’abandonne surtout à une douce dépression mélancolique qui finit par l’alourdir. "Laurent dans le vent" souffre cruellement de sa propre rythmique répétitive et renfermée sur elle-même, dont le montage ne fait qu’aligner des situations peinant à produire du mouvement. Son leitmotiv musical (une guitare monocorde aux résonances presque didgeridoo) accentue cette impression de stagnation. Les dialogues, très explicatifs, fonctionnent comme des séances de thérapie déguisées : une psychanalyse lente et laborieuse à travers une galerie de personnages ordinaires, tous fissurés. La parole circule, mais donne corps au propos bien plus qu’aux personnages. Le film s’enferme ainsi dans une dialectique pesante, qui surligne tout sur son passage, reposant uniquement sur des situations légèrement décalées et souvent malaisantes. Laurent dans le vent reste flottant, à l’image de son protagoniste, mou du genou, avançant dans le vide. Sa trajectoire demeure celle d’un passage saisonnier, dont le prolongement reste indéterminé. Le film penche alors vers la résignation tranquille d’un loser conscient de sa condition, qui s’y abandonne pleinement.
Fallait-il près de deux heures pour en arriver là ? Cette lourdeur tient sans doute à l’héritage du court-métrage, qui pétrit excessivement sa patte et sur-signifie son rapport au temps et au vide qu’il procure. Un contrepoint notable apparaît avec Santiago, le youtubeur viking, figure à la fois hilarante et inquiétante, magnifique idiot, il demeure paradoxalement le personnage le plus excitant du film. On retient aussi quelques très belles scènes : l’agriculteur cherchant sa chèvre « magique », filmé dans un élégant travelling latéral en plan-séquence, ou encore la remontée mécanique noyée dans le brouillard, à la fois photogénique et burlesque.
Malgré sa tendresse et sa mélancolie anti-narrative, le film paraît étonnamment sec. Il maintient une distance, une réserve presque autiste, parfois repoussante. Il s’enferme dans une pesanteur molle, en tonalité mineure, symptôme d’un cinéma de l’inaction. Pessao dans son intranquilité dit bien : "Nous existons par l'action, c'est-à-dire par la volonté. Ceux d'entre nous qui ne savent pas vouloir (génies ou mendiants, peu importe), ceux-là se retrouvent frères dans l'impuissance."
À une époque où l’on aimerait voir des corps se débattre, des récits trancher, le film reste engoncé dans la complaisance d’une génération condamnée et complètement paumée. Pourtant, à travers cette figure d’exilé perdu, on aurait préféré la radicalité de "Théorème" de Pasolini, "Rester Vertical" ou "Miséricorde" de Guiraudie, ou encore "Passe montagne" de Stevenin, bien plus sombre, malade et incisif, capable de creuser la montagne comme une zone d’ombre et de perte. Laurent dans le vent souffle, certes, mais manque cruellement de bourrasque pour bouleverser son spectateur. Il lui manque de la matière, de la tension et de la puissance. C'est ce que continue de dire Pessao, trop intranquille "Agir - voilà l'intelligence véritable. Je serai ce que je voudrai être. Mais il me faut vouloir être ce que je serai."
Créée
le 5 janv. 2026
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