Bon, rattrapage avec le UGC Culte du jeudi d’un immense classique que je n’avais encore jamais vu et je dois dire que j’ai plutôt bien apprécié et que je ne regrette pas d'avoir vu en salle. Après, 4 heures, même pour quelqu’un de patient, habitué aux films longs et aux rythmes assez lents, ça commence quand même à faire beaucoup^^. Et forcément, j’ai un peu plus préféré la première partie que celle après l’entracte, puisque c’est là qu’on découvre véritablement cet univers à travers les yeux de Lawrence et qu’on est progressivement embarqué avec lui.
Le film suit donc T. E. Lawrence, officier britannique envoyé dans le désert pendant la Première Guerre mondiale afin d’entrer en contact avec les tribus arabes et de les rallier à la révolte contre l’Empire ottoman. Et ce qui est assez fascinant, c’est de voir comment cette mission relativement simple va progressivement transformer le personnage et sa place dans cette guerre.
Peter O’Toole est vraiment excellent dans le rôle. Il arrive à rendre Lawrence assez fascinant mais aussi profondément ambigu, avec un personnage qui peut être brillant, courageux, charismatique, mais également narcissique, imprudent, parfois mégalomane et finalement assez difficile à cerner. Ce n’est pas simplement le héros glorieux que le synopsis pourrait laisser imaginer et c’est justement ce qui rend son évolution intéressante.
Les autres acteurs jouent effectivement de façon beaucoup plus théâtrale, avec des interprétations assez démonstratives, mais bon… c’était aussi le jeu de l’époque. Et une fois habitué, ça passe finalement assez bien.
Ce qui m’a surtout frappé, c’est à quel point le film a influencé une quantité assez folle de choses qu’on a vues depuis. Et forcément, étant donné que j’ai vu Dune avant, le parallèle est parfois absolument troublant. Le désert, l’étranger occidental qui arrive auprès d’un peuple autochtone, apprend ses codes, gagne progressivement sa confiance et devient une figure militaire et presque messianique… forcément, difficile de ne pas penser à Paul Atréides.
Et ce n’est pas simplement une impression : Frank Herbert avait bien été influencé par la figure de T. E. Lawrence, tandis que Denis Villeneuve considère explicitement Lawrence d’Arabie comme une influence majeure de Dune. Le roman Dune est publié en 1965, donc trois ans après le film de David Lean, même si Herbert s'était évidemment inspiré de l'histoire et des écrits de Lawrence plutôt que du film lui-même.
Et cela permet aussi de comprendre pourquoi certaines thématiques de Dune résonnent autant ici : colonialisme, impérialisme, instrumentalisation des peuples, politique, identité, fascination pour une autre culture et surtout fabrication d'une figure messianique. Lawrence se retrouve progressivement utilisé par les Britanniques tout en développant sa propre vision de la révolte arabe, jusqu'à devenir lui-même prisonnier de l'image qu'il a contribué à construire.
Il y a également toute une réflexion sur le pouvoir et l'ego, sur la manière dont un individu peut être grisé par son influence, mais aussi sur la frontière assez floue entre héroïsme et manipulation. Lawrence veut aider les Arabes à obtenir leur indépendance, mais il reste malgré tout un officier britannique travaillant pour une puissance impériale qui poursuit ses propres intérêts. Et c'est probablement là que le film est plus intéressant qu'un simple grand spectacle historique.
Et puis évidemment, visuellement, c'est complètement fou.
Le désert est absolument magnifique. Les immenses panoramas, les silhouettes perdues au milieu de paysages gigantesques, les déplacements dans le sable, les compositions avec les personnages minuscules face à l'immensité... c'est véritablement ce qu'on peut appeler du grand cinéma. Et le plus impressionnant reste que le film date de 1962. Il a forcément vieilli sur certains aspects, mais visuellement, il a incroyablement bien tenu.
La musique de Maurice Jarre est également topissime et participe énormément à cette sensation d'épopée. Il y a des thèmes qui restent immédiatement en tête et qui donnent vraiment au film son caractère majestueux.
Et franchement, malgré ses 60 ans passés, il n'a pas tant perdu que ça. Bien sûr, certains aspects sont datés, notamment dans le jeu des acteurs, certaines représentations et le rythme qui peut sembler particulièrement lent aujourd'hui, mais sur le fond, les thématiques restent parfaitement lisibles et le spectacle fonctionne toujours.
Après, je comprends ceux qui vont crier au chef-d'œuvre absolu comme certains peuvent le faire, moi-même ayant vraiment apprécié, tout en ayant compris son importance et son influence, mais 4 heures, ça reste 4 heures et j'ai clairement senti la longueur, surtout dans la seconde moitié.
Et paradoxalement, je pense que le film a peut-être perdu une partie de son effet waouh simplement parce que tout le monde lui a pompé quelque chose depuis. Quand on découvre aujourd'hui certaines scènes, on a parfois cette impression de déjà-vu alors qu'en réalité, c'est précisément parce que des décennies de cinéma les ont reprises, adaptées ou digérées.
Bref, un très bon film, monumental dans sa réalisation et toujours impressionnant techniquement, avec un personnage principal fascinant et beaucoup plus ambigu qu'il n'en a l'air. Une œuvre qui permet surtout de comprendre d'où viennent énormément de codes du cinéma d'aventure, historique et même de science-fiction moderne.
Du grand cinéma, clairement que l'on ne fait quasiment plus de nos jours. Et pour un film de 1962, il n'a finalement que très peu perdu de sa superbe, on ne peut que saluer le travail monumental et tirer notre chapeau. Juste Bravo!
A découvrir dans les meilleurs conditions possibles!