Au cas où certains se poseraient encore cette question, non le cinéma d'animation n'est pas réservé qu'aux enfants. Des tas d'œuvres significatives, qu'elles viennent de France, des USA, du Japon ou d'ailleurs, existent depuis au moins les 30's. A l'image de certains cartoons de Tex Avery allant frontalement dans la satire sociale ou le coquin ; et faisant rire aussi bien les petits que les grands. Mais cette tendance semble avoir réellement explosé avec les 70's, notamment par les films de Ralph Bakshi (cf Fritz le chat en 1972).
Le dessinateur belge Picha ne tarde pas à le rejoindre sur ce terrain avec trois films coproduits par la France entre 1975 et 1987. Après une parodie décomplexée de Tarzan et sa vision de la Préhistoire (La honte de la jungle et Le chaînon manquant), Picha se lançait dans un récit de science-fiction qui ne laissait que peu de place à la subtilité.
Jugez plutôt : le récit du Big Bang se déroule après une IIIème Guerre Mondiale qui n'a laissé que peu de survivants et où les Hommes et les Femmes s'affrontent à travers leurs territoires respectifs, l'USSSR (contraction des USA et de l'URSS) et Vaginia. Dieu entre alors en scène et envoie un éboueur de l'Espace essayer de sauver une Terre à deux doigts d'exploser. Picha organise une véritable guerre des sexes où chacun se renvoie la bombe nuke à la figure, à une époque encore bien impactée par la Guerre Froide. Certes, les USA et l'URSS sont enfin rassemblés, mais pour quel résultat ? Les restes de pays dont une partie de la population n'est plus là.
L'impact des radiations est présents sur la plupart des personnages de tout sexe (sauf les personnages dans l'Espace comme le héros ou sa belle maîtresse), allant d'hommes aux membres manquants (ce qui n'est pas vraiment pratique pour un match de rugby) ou des femmes aux multiples seins. L'espoir de paix ne vient que d'un couple qui souhaite conclure, le reste étant voué à l'échec d'une manière ou d'une autre.
Néanmoins, derrière ces thématiques plus qu'évidentes rendant le film bien moins débile qu'il n'y paraît, Le Big Bang n'en reste pas moins une proposition délirante, partant souvent dans tous les sens et avec un humour qui ne plaira clairement pas à tout le monde. Le film est excessif, vulgaire que ce soit dans des répliques crues ou les dessins exagérés à outrance et les situations vont de plus en plus vers le nawak, à l'image du final. Picha ne recule devant aucun excès et cela peut être vu aussi bien comme un avantage que comme un inconvénient. Certains diront que le film est affreux dans sa manière de faire, quand d'autres trouveront cela jubilatoire.
En tous cas, des choses fonctionnent, d'autres beaucoup moins, comme le héros au final peu sympathique au contraire de sa maîtresse, pin-up par excellence contre les relations hors mariage. Le problème n'est pas tant qu'il n'est pas sympathique, mais qu'on peine à le trouver intéressant au contraire de l'univers même.
Picha organise donc une véritable fête du slip nucléaire qui fait tâche et qui reste unique en son genre. Comparé à ses précédents films qui avait réuni entre 720 000 et 1,3 million d'entrées, Le Big Bang sera un sacré four commercial avec visiblement moins de 100 000 entrées. Picha se concentrera ensuite sur la télévision, avant de revenir au cinéma avec un Blanche Neige, la suite (2007) qui ne faisait pas non plus dans la dentelle.