Outre les innombrables jeux de mots typiques de la nouvelle vague (que j'ai déjà pu entendre chez Godard, d'une drôlitude et d'une finesse qui me dépasse en me laissant sur le côté), c'est la morale même du film qui interroge. Quelle est-elle ?

Nous suivons des personnages lobotomisés le temps d'un film d'une heure vingt, comme s'ils sortaient d'une dystopie style « Un Bonheur Insoutenable », avec pour pilule la naïveté et la candeur d'Agnès. Dans la vie du couple, tout va bien, un Amour tel qu'il en déborde de mièvrerie à chaque dialogue, aucun élément perturbateur dans leur train train quotidien. Si ce n'est cette postière dont tombe amoureux François mais là encore, la Nouvelle Vague refuse la dramaturgie classique, François ne voit pas où est le problème de coucher avec deux femmes, Agnès est pour la polygamie, et je m'en fous, moi aussi. La façon dont il défend la chose (avec ses nouveaux bras qui poussent pour donner encore plus d'Amour) prêtent à pouffer, mais soit, j'avale... jusqu'à la facilité scénaristique finale, Agnès refuse la dramaturgie mais pas le Deus Ex Macchina, je spoile attention ; la femme du menuisier meurt. C'est-à-dire que tout le monde dans le film veut que François soit heureux, on ne sait pas trop pourquoi il mérite tel faveur de la part d'Agnès, de Dieu, de la postière, même de sa femme (certains interprètent sa mort comme un suicide pour laisser François vivre encore plus d'Amour)... Le geste est étonnant quand on sait qu'Agnès est censé être féministe. Il aurait été plus osé de mettre en scène une femme volage et encouragée dans sa démarche par le même entourage, mais nous n'étions qu'en 65, même aujourd'hui nous avons encore du mal. Et au final, la postière remplace la femme de François, comme pour nous dire qu'on ne peut pas non plus avoir trop d'Amour, retour au statu quo.

Non... en vérité je n'ai pas compris où voulait en venir ce film mais j'ai subi. Je veux bien que la Nouvelle Vague produise des films qui « font réfléchir » mais la manière de le faire m'a souvent répulsé. A part quelques beaux plans d'enchevêtrements de corps, « Un Bonheur » ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Strangeman57
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le 11 févr. 2026

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