Du cinéma populaire d'André Hunebelle, on se souvient évidemment de la trilogie Fantomas, multi-rediffusée. Et si ses OSS 117 sont largement oubliés aujourd'hui, ses films de cape & d'épée restent une valeur sûre des programmations TV. Alors que le genre a (malheureusement) plus ou moins disparu du cinéma français à partir des années 70.
Parmi les fleurons du genre, cette première adaptation en couleurs du roman "Le Bossu". Le chevalier de Lagardère ne peut empêcher le meurtre du Duc de Nevers, commis lâchement par son infâme cousin Gonzague. Lagardère parvient à fuir en sauvant Aurore, le bébé caché du Duc, et jure de revenir pour venger ce dernier.
"Le Bossu" cuvée 1959 a le mérite de proposer du spectacle. Avec de nombreux croisements de fers, portés par un Jean Marais plein de panache et d'énergie. La reconstitution d'époque se veut par ailleurs faste. Entre les décors, l'utilisation du château de Pierrefonds et d'autres extérieurs avec du cachet, ou les costumes. Par contre, un oeil avisé repèrera une énormité : lorsque Aurore repère le Bossu au marché, une figurante passe ostensiblement quelques secondes à l'écran, y compris au premier plan, avec... une paire de lunettes de soleil !
Vu d'aujourd'hui, "Le Bossu" affiche tout de même quelques tares. Le simplisme de certains pans de l'intrigue, des invraisemblances (comment Lagardère a-t-il appris la botte de Nevers ?), ou des éléments importants délaissés par la mise en scène (le sort de Peyrolles). La plus évidente étant l'amourette malaisante entre Aurore, et son tuteur qui doit avoir au moins 25 ans de plus qu'elle.
Mais en terme de divertissement, il fonctionne toujours bien. L'humour apporté par le valet, incarné par Bourvil, offre de la légèreté. Les dialogues sont parfois bien amusants. Et les antagonistes sont simples, mais fêlons et efficaces. A noter d'ailleurs un petit rôle tenu par Guy Delorme, qui allait ensuite devenir un incontournable des rôles de méchant du cinéma de cape et d'épée.
Et puis il faut souligner le grimage de Jean Marais en bossu très laid, un maquillage bien réussi pour l'époque, et assez rare pour une star cinégénique comme Jean Marais.