Autant la version d'André Hunebelle avec Jean Marais est animée, tout en étant du cinéma d'aventure médiocre, autant "Le Bossu" de Jean Delannoy, faute de moyens peut-être, se morfond dans une théâtralité perruquée et costumée un peu scolaire, sans panache ni mouvement, qui a juste l'intérêt de rafraîchir ma mémoire au sujet du roman de Paul Féval.
La première partie du film, avant l'ellipse de deux décennies, m'a paru par moments imprécise et en d'autres particulièrement condensée, comme si le découpage du roman avait éludé un peu trop de la matière du livre. En tout cas, ce qui saute aux yeux, ce sont les personnages peu caractérisés. En premier Lieu Lagardère, surgi de nulle part pour combattre en duel le terne Duc de Nevers, apprendre sa botte secrète et lui venir toutefois en aide contre la félonie de Gonzague, le pâle méchant de l'histoire. Pierre Blanchar y déclame avec gourmandise le fameux 'Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi" et il compose un personnage vraiment trop peu étoffé et sans charisme.
La seconde partie, de retour en France, semble en revanche se trainer en longueur, parce que les éléments romanesques s'additionnent un peu lourdement et probablement parce que la vengeance est un plat qui se mange froid. Pierre Blanchar en bossu avec une grosse moustache est plus risible qu'intrigant, tandis que confier à la transparente Yvonne Gaudeau le rôle double de la mère et sa fille (de feu le Duc de Nevers) n'est pas une très bonne idée.
La conclusion et l'esprit de justice, avec le Régent inconsistant pour arbitre, passent par des scènes particulièrement théâtrales et simplistes, et lorsque que le Bossu révèle sa véritable identité en jetant à terre son déguisement, Blanchar prend la pose, triomphal.
Le film supporte mal la faiblesse de ses personnages et leur caractère élémentaire.