Avec Le Brio d'Yvan Attal, j'ai eu la désagréable impression de voir un français (Pierre Mazard/Daniel Auteuil) tenter de faire sortir une maghrébine (Neïla Salah/Camilia Jordana) de sa mentalité d'origine, de la convertir à un mode de pensée différent de la sienne. C'est un film qui peut paraitre condescendant, au sens propre du terme, avec un professeur "blanc" qui rabaisse automatiquement ses interlocuteurs (Neïla, la petite beurette, étant sa victime préférée). Et quand il se montre ouvert, avenant et aimable, c'est pour mieux les manipuler. J'ai eu l'impression, peut être à tort, de voir un film de "droitard" tentant effectivement de montrer l'attrait d'une certaine éducation pour les jeunes issus de l'immigration. C'est une ode au multiculturalisme, mais un multiculturalisme réac, qui voit d'un mauvais œil l'identification culturelle. Il y a quand même cette idée sous-jacente que la culture arabo-musulmane pourrait nuire à l'intégration.
Le film est très ambiguë. On parle de notion de morale dans des cours d’histoire du droit à l’Université d’Assas, enseignés par des professeurs qui, paradoxalement, se moquent totalement de savoir qui a raison ou qui a tort ... ils se contrefoutent de la vérité, quoi ! C'est assez difficile de trouver une quelconque morale dans ce film, qui met au premier plan la relation entre un professeur blanc et raciste (et fort antipathique) et une jeune maghrébine pour le moins agressive. La relation professeur-élève est ici, pour le moins ambiguë. Que veut enseigner Pierre Mazart à Neïla, uniquement l'art de la rhétorique ou un mode vie qu'il juge plus convenable ?
Le premier débat au concours d'éloquence s'intitule "L'habit fait il le moine ?" avec Neïla qui doit soutenir le oui et son opposant, arrogant et bourgeois, qui doit soutenir le non. On met tout de suite les pieds dans le plat. Bien entendu, le discours de l'opposant use de la rhétorique et joue sur les provocations à caractère raciste pour la décontenancer et la faire réagir ... et bien sûr, elle tombe à pieds joints dans le piège !
Le Brio est un film tout juste moyen et qui, à titre personnel, ne mérite clairement pas les éloges reçues. Ce n'est clairement pas le film du siècle, ni de l'année, ni même un très bon film. Alors certes, il y a quelques bonnes idées de mise en scène, des cadrages originaux et l'aura de Daniel Auteuil (en petite forme, cela dit). Mais voilà, l'écriture du film est tellement convenue et stéréotypée. Et puis, Yvan Attal rate complètement l'acte final de son film ...
C'est d'une facilité et d'une maladresse ahurissante et surtout totalement incohérent ! Comment expliquer le revirement complet de Mounir, le copain de Neïla ? Alors qu'ils se sont engueulés il y a plusieurs jours, voire même plusieurs semaines, qu'elle ne lui a pas parlé, qu'elle ne lui a rien dit de tout ce qu'elle a vécu, vu, entendu, ressenti ... il lui sort le grand discours du gars qui a tout compris, tout perçu ! Non mais sérieux, les scénaristes ont dû sortir les rames pour se sortir de ce marasme. Quant à Nëila, elle rate malgré tout la finale du concours d'éloquence et visiblement ça n'a aucune importance. Neïla devient avocate, évidemment pénaliste, évidemment commise d'office, évidemment pour un braqueur de supérette d'origine maghrébine (forcément) qui la respecte juste parce qu'elle lui parle en arabe ... Bonjour le cliché !
Encore une fois, le scénario multiplie les situations "malaisantes" et les clichés, enfilés comme des perles. Le concept du film est intéressant, mais totalement sous-exploité. Le concours d'éloquence est trop vite expédié, au profit d'un énième regard social complètement banal. Sans parler du manque flagrant d'inspiration concernant les dialogues, avec les monologues de Neïla qui ne sont jamais au niveau de ses opposants. C'est vraiment dommage, avec un tel concept il y avait de quoi faire beaucoup mieux.