Depuis Ils se marièrent ..., Yvan Attal a tenté d'élargir sa palette de réalisateur, avec les résultats catastrophiques que l'on sait (Do not Disturb et Ils sont partout). Le brio peut sembler loin de son univers mais ce nouvel effort dans des thématiques nouvelles, s'il apparait inégal n'a pas que des défauts, loin de là. Le postulat de départ qui voit un vieux professeur amoureux des mots et un tantinet réactionnaire se frotter à une jeune ambitieuse issue de la banlieue a quelque chose d'un peu forcé dont on croit deviner les tenants et les aboutissants : l'affrontement, le rejet puis la complicité et le respect. Il y a beaucoup de cela mais pas uniquement et pas totalement. Déjà, un film sur la rhétorique et l'éloquence qui cite Schopenhauer et Ciceron ne peut être totalement mauvais. Des mots pour expliciter sa pensée ou la travestir : le côté didactique du film n'est pas asséné de façon scolaire malgré une variation de postures assez codifiée et rassurante. Comme attendu, Auteuil est brillant, par le verbe et le jeu et il fallait bien son talent pour faire passer un personnage de vieux cynique et mal embouché qui aime à titiller par la provocation. Camélia Jordana se positionne sur un tout autre registre, celui de la jeune femme décidée mais fragile et elle n'a pas à rougir de sa prestation face à un Auteuil impérial. Le brio, celui des concours d'éloquence, ne culmine cependant pas dans des joutes oratoires, finalement trop vite expédiées au profit du thème sous-jacent qui est le déterminisme social, une idée que le film combat avec parfois une grande maladresse mais non sans conviction. Le schéma est grosso modo celui de My Fair Lady, revu et corrigé avec une intrigue périphérique sentimentale pas des plus heureuses. Il y a dans Le brio une certaine volonté de s'éloigner des clichés et si la mission n'est pas complètement remplie, il reste un film plutôt sympathique, sans temps morts, correctement écrit et réalisé.

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le 12 sept. 2017

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Cinéphile doux

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