L'expressionnisme allemand s’inscrit comme une radicalisation du romantisme, une époque marquée par une quête d'émotion et de transcendance, face aux incertitudes du monde moderne. Si le romantisme du XIXe siècle, incarné par des figures comme Goethe avec sa Légende de Faust, explore les angoisses métaphysiques liées à l'obsession de la connaissance, l'expressionnisme pousse cette exploration jusqu'à l'extériorisation des troubles intérieurs, réfractant la subjectivité dans un univers visuel intensément stylisé. À travers Le Cabinet des figures de cire, Paul Leni utilise les codes de cette esthétique pour nourrir une réflexion sur la folie, l'angoisse du destin et la magie obscure.
Le film de Leni, comme son prédécesseur Le Cabinet du Dr. Caligari (1919) de Robert Wiene, partage une conception de l’espace où l'architecture devient une extension de l'âme, irrationnelle et déformée. La géométrisation des décors, loin d’être réaliste, propose des mondes qui n'ont ni angles droits, ni logique spatiale, mais sont marqués par une claustrophobie visuelle renforçant l’atmosphère paranoïaque de l’intrigue. L'exemple de la maison du mari de Zarah, où les personnages évoluent dans une seule pièce minuscule, met en lumière cette oppression spatiale. De même, l’isolement et l’exiguïté des espaces intensifient le caractère dérangeant de l’action qui s’y déroule.
Le recours au kammerspiel, ou théâtre de chambre, est omniprésent dans le film, où les décors minimalistes, malgré leur simplicité apparente, suscitent une impression de confinement, de fermeture du monde extérieur. Cette stylisation se retrouve aussi dans le jeu des acteurs, dont les expressions exagérées et le maquillage visible les transforment en éléments visuels à part entière, fusionnant avec les décors, comme dans l’ensemble du cinéma expressionniste allemand où l’acteur devient une partie intégrante de l'univers esthétique.
Le film se structure également de manière complexe avec l'usage du récit enchâssé. Ce dispositif narratif, où plusieurs récits se superposent au sein d’un même cadre, évoque des procédés littéraires qui rappellent les œuvres classiques du XIXe siècle. Cette construction en couches, avec son prologue, ses récits internes et son épilogue, façonne une dynamique narrative intrigante, à l’instar de Le Cabinet du Dr. Caligari où le récit principal s’entrelace avec un récit raconté par un patient dans un asile. Ce jeu entre le réel et le fictif, le rêve et la réalité, souligne la frontière floue entre ces deux mondes et renforce l'atmosphère hallucinée du film.
En conclusion, Le Cabinet des figures de cire s’inscrit pleinement dans le mouvement expressionniste, où la représentation visuelle des émotions, à travers des décors déformés, des jeux de lumière contrastés et une mise en scène théâtrale, permet de traduire les peurs et les angoisses humaines dans un langage cinématographique qui rompt avec les conventions réalistes. Le film, comme toute œuvre de ce mouvement, cherche à révéler ce qui se cache sous la surface du visible, à extérioriser l’indicible et à exprimer les luttes intérieures de l’âme humaine dans un monde incertain et inquiétant. Il s'agit, en somme, d'une quête de sens et d'une exploration des ténèbres, tant psychologiques que sociétales, où l'homme, pris dans les rouages du destin, se trouve face à des forces qui le dépassent.