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Thunderbolt and Lightfoot, une lumineuse comédie noire


Pour tout spectateur francophone la première faiblesse du Canardeur c'est son titre français.

Canarder : "tirer un coup d’une longue arme à feu sur quelqu’un avec avantage, ou en trahison" ou "par allusion à la chasse à l’affût pratiquée pour tuer les canards, prendre pour cible d’un tir nourri tout en restant soi-même à couvert. " (dictionnaire de l'Académie Française).


Qui est ce "canardeur" ?

Forcément Clint Eastwood.

On s'attend donc que le personnage de John "Thunderbolt" Doherty, joué par Eastwood, soit du genre à défourailler à la moindre occasion, une sorte d'inspecteur Harry en somme.

Or pas du tout. Thunderbolt s'emploie plutôt à échapper aux balles, et à construire une amitié.

Car Thunderbolt and Lightfoot (Coup de Tonnerre et Pied Léger) est avant tout un film d'amitié (un "buddy movie" comme on dit), d'où son titre original qui nous parle d'un duo contrairement au calamiteux "Canardeur".


Doherty n'a donc pas la particularité de vider ses chargeurs tous azimuts, mais il doit son surnom Thunderbolt à son usage du canon de 20 mm. Marotte qui nous sera dévoilée au moment opportun.

Mais comme on le voit au début du film, ce hobby fait partie du passé. Doherty a pris sa retraite (spirituelle?) car c'est sous l'apparence d'un pasteur que nous faisons sa connaissance.

Thunderbolt est donc passé à autre chose, planqué, rangé des voitures.


Et entre parenthèses les voitures, ce n'est pas ce qui manque dans Thunderbolt and Lightfoot.

À commencer par la Cadillac noire qui se signale dans le plan d'ouverture par son lointain et menaçant nuage de poussière et vient se garer à côté de la petite église où résonne une chorale.

On sent tout de suite que l'engin aux légendaires ailerons en pointes est un oiseau de malheur.

Et c'est dans une autre Cadillac, blanche et décapotable, somptueuse marque d'amitié, que s'achève le film.

Entre ces deux monstres sacrés de tôle et de chrome se donnent en spectacle une bonne demi-douzaine de bagnoles dans des poursuites d'anthologie et des embardées de folie.


Par ses plans de poursuites automobiles, ses antihéros qui sont de vrais héros de guerre, son humour noir et ses associations de sympathiques malfaiteurs Thunderbolt and Lightfoot a certainement été une source d'inspiration pour les créateurs de séries des années 1970 et 80, des Dukes de Hazzard (Shérif fais moi peur) à la A-Team (l'Agence tous risques).

On y croise d'ailleurs de grands acteurs de séries comme George Kennedy (Bonanza, Rawhide), Geoffrey Lewis (l'Agence tous risques) et Catherine Bach, l'inoubliable Daisy Duke, cousine de Bo et Luke dans Shérif fais moi peur.


Premier long métrage de Michael Cimino, Thunderbolt and Lightfoot présente quelques faiblesses scénaristiques, longueurs et maladresses de montage.

À la croisée des chemins entre la comédie noire et le drame, entre un burlesque à la Shérif fais moi peur, une brutalité à la Dirty Harry et la triste fatalité d'un Macadam Cow-boy, il peine un peu à trouver son style.


En revanche il a les qualités d'un vrai beau film d'amitié, avec des personnages sincères, émouvants et attachants.

Le grand Clint/Thunderbolt se fend de quelques beaux sourires devant les facéties du désarmant Jeff Bridges/Lightfoot. Il accepte dans sa vie ce garçon sans famille dont la jovialité est, plus qu'une façade, un art de vivre.

Tous deux sillonnent les routes et les magnifiques paysages du Montana dans des péripéties rocambolesques, sans jamais qu'une once d'agacement ne pointe chez Thunderbolt, sentiment pourtant habituel chez ce type de personnage dans les duos de buddy movies comprenant un vieux sage et un jeune trop plein de fougue.

Ce véritable coup de foudre amical illumine Thunderbolt and Lightfoot, rendant secondaires les aspects road-movie et film de braquage.









RubberChicken
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Créée

le 1 août 2025

Modifiée

le 1 août 2025

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