Quand on se donne pour objectif de se taper toute la filmographie d'un réal', vient forcément le moment où on tombe sur ce qu'il a fait de moins bon, ou ce qu'il a fait de pire si on s'est penché sur un réal' vraiment mauvais — mais rassurez-vous, ce n'est pas le cas ici. Vous vous en doutez, c'est le cas du Capital.


Pourquoi ça ne marche pas ? J'aurais à noter deux problèmes majeurs.


Premièrement, la présence de Gad Elmaleh comme acteur principal. Costa a voulu nous refaire le coup de prendre un acteur « apparemment pas fait pour le rôle » comme il l'a fait quelques fois par le passé : Jack Lemmon dans Missing étant le cas le plus connu, mais on pourrait aussi citer José Garcia dans Le Couperet ainsi que Section spéciale, qui regroupait une bonne quantité d'acteurs orientés comédie. Le problème ici, c'est que Gad Elmaleh est mauvais. On n'y croit pas, il n'y a rien de naturel, on sent que, même dirigé, le bonhomme n'y arrive pas. Je ne vais pas rouvrir le dossier CopyComic ou le ridicule de la pub « Je rêve d'une banque » (diffusée moins de deux ans après Le Capital… cocasse) : je n'ai jamais été convaincu par ses sketchs/spectacles, encore moins par ses films, où je l'ai toujours trouvé plutôt mauvais. Face à un José Garcia, dont je n'ai jamais été trop fan non plus, mais qui est arrivé à me convaincre dans Le Couperet, Gad est plus insupportable qu'autre chose. Une erreur de casting. On n'y croit tout simplement pas. Même sans aller comparer les films de Costa entre eux, face à un Gabriel Byrne, difficile de prendre Elmaleh au sérieux tant les deux bonhommes boxent dans deux catégories bien distinctes. J'ajouterais, au passage, que l'idée de prendre quelqu'un de « sympathique » pour le rôle principal pour lui faire faire des choses négatives est une bonne idée sur le papier… encore faut-il trouver Gad Elmaleh sympathique.



Secondement, l'écriture. Jusqu'à présent, c'est un point que j'avais tendance à ne pas trop critiquer dans les films de Costa, le monsieur ayant toujours réussi à bien s'entourer, et partant, la majorité du temps, d'une base solide, d'un livre la plupart du temps. Justement, concernant Le Capital, il est parti du roman éponyme écrit par Stéphane Osmont. Un ouvrage qui n'a pas fait l'unanimité si j'en crois les notes et critiques sur SensCritique et Babelio. La base n'est pas des plus solides ? Ce n'est pas grave, Costa s'est très souvent rapproché de scénaristes compétents : Semprún, Solinas, Eszterhas, Grumberg… ça tombe bien, c'est ce dernier qu'on retrouve derrière Le Capital… du moins en partie. En fait, il est à noter que ce dernier étant “réfractaire aux banquiers et à leur psychologie algorithmique”, Costa a fait appel à Karim Boukercha — qui a travaillé avec son fils, Romain, sur ses deux premiers long-métrages — pour l'épauler, avant que Grumberg ne reprenne le rôle du scénariste par la suite. On est donc face à un scénario qui a été écrit à six mains, dont deux paires qui n'ont jamais travaillé ensemble. Une première dans son cinéma. Est-ce que les problèmes d'écriture du Capital viennent de là ? Probablement que ç'a dû jouer un petit peu. De surcroit, il est à noter que certains des dialogues sonnent « gentillets, enfantins », comme le fameux « Nous allons donner de prendre aux pauvres pour donner aux riches », qu'on pouvait déjà entendre dans la bande-annonce. Et désolé si je remets encore une couche là-dessus, mais des dialogues aussi peu convaincants, prononcés par quelqu'un qui joue comme un pied, impossible que ça passe chez moi. Outre les dialogues, il faut accepter le coup du personnage principal qui ne pense qu'avec sa bite, défaut inhérent au roman original si j'en crois les critiques. Face à un Loup de Wall Street qui nous présentait, en apparence, un personnage similaire, il y a un problème dans le ton du Capital, un côté trop sérieux, qui fait que tout ce pan « DSKlike » ne m'a aucunement intéressé.


Il y avait pourtant matière à faire quelque chose, à aller plus loin, creuser un petit peu. Le film se voulant plutôt réaliste, le fait d'être du côté, non pas des banques américaines, mais européennes, aurait pu apporter une autre vision, d'autres enjeux, nous montrer un autre monde, d'autres contraintes. Malheureusement, ce point n'est pas des plus creusés. Il y a bien Gabriel Byrne, qui incarne une sorte de syncrétisme du pire banquier imaginable (un acteur celte incarnant un personnage avec un nom allemand travaillant pour une boîte américaine… Kamoulox ?), mais c'est avoir peu à se mettre sous la dent.

Reste à noter le brisage du quatrième mur, qui aurait pu donner un côté House of Cards avant l'heure… malheureusement (encore une fois), n'est pas Kevin Spacey qui veut (et justement, qui veut ?), et encore une fois (je me répète je sais), Gad Elmaleh ne convainc pas. Un joli coup d'épée dans l'eau pour des scènes qui bénéficiaient d'une mise en scène plus travaillée.


Est-ce que j'ai trouvé Le Capital mauvais ? À l'heure où j'écris ces lignes, j'aurais davantage tendance à dire « moyen moins », mais plus moins que moyen. Quoi qu'il en soit, force est de constater que le film dont il est question ici ne sait pas trop sur quel pied danser et qu'on a déjà vu meilleurs films sur l'économie et la finance, surtout depuis les années 2010. À moins d'avoir pour objectif de découvrir l'entièreté de sa filmographie, difficile de recommander Le Capital de Costa-Gavras.

Créée

le 11 juin 2025

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