"Ogni maschio è tentatore"...
"Le Casanova de Fellini" a souvent été décrié, non seulement par les détracteurs de Fellini, mais aussi par ses inconditionnels : la critique l'avait même présenté, à l'époque, plutôt comme un ratage. En le revoyant aujourd'hui, on comprend pourquoi, mais ce pourquoi est précisément ce qui en fait tout l'intérêt.
Le thème, déjà, n'est pas banal : en effet, Fellini, ici, ne fait pas un film "sur" Casanova, mais "contre" Casanova. Outre la laideur à peine croyable du "héros" (pauvre Donald Sutherland !), on sent bien, tout au long du film, le peu de sympathie (fait rare) qu'éprouve Fellini pour son personnage.
Casanova, lui, est présenté comme une sorte de pantin, individu creux et sans âme, vulgaire "machine à baiser"... bref : une bite sur pattes !
Il évolue d'ailleurs dans un univers on ne peut plus factice : les femmes sont des poupées mécaniques, la mer n'est que feuilles de plastique...
Du reste, Fellini ne s'en cachait pas : il jugeait les imposantes "Mémoires" (le manuscrit d'origine comporte 600 feuilles) de Casanova inintéressantes et vides... "Comment pouvait-on frayer avec un connard pareil ?" : tel était son jugement ! On comprend mieux, dès lors, que ce qui intéresse Fellini en premier lieu, c'est clairement de démonter un mythe qu'il juge usurpé.
Le film présente alors une série de tableaux foisonnants où le faste le dispute à l'exubérance : aucun autre film de Fellini ne mérite autant le qualificatif de "baroque", terme dont on a bien souvent usé (parfois abusivement) à l'endroit du Maestro.
La partition composée pour l'occasion par Nino Rota est peut-être le sommet d'une collaboration avec Fellini qui dure depuis les années 50.
Au final, ce film léthargique à la beauté crépusculaire indéniable sonne comme un chant du cygne.
Plein de nostalgie, lent, funèbre et élégiaque, ce "Casanova" nous promène dans une Venise-fantôme, plus fantasmée que recréée, qui participe au climat mortifère d'une œuvre à la beauté plastique très impressionnante.